Lettre de Camille Pissarro à Eugène Petit

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Je suis très connu dans le monde des arts.

Camille Pissarro (10 juillet 1830 -13 novembre 1903) est un peintre impressionniste franco-danois. Son nom de famille, Pissarro, traduit les origines de son père, un Juif d’ascendance portugaise né à Bordeaux et établi aux Antilles danoises (les actuelles Îles Vierges américaines) pour y exercer sa profession de quincaillier. Le peintre naît aux Antilles danoises et n’arrive en France qu’à l’âge de douze ans. Dans la lettre suivante, il s’attache justement à faire rectifier son état-civil.

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10 février 1882

Mon cher Eugène,

Voilà un temps infini que je cherche à écrire à St Thomas au sujet d’une affaire d’une grande conséquence pour moi et ma famille, qui se compose de quatre garçons et une petite fille. J’ai vu mon frère à cet effet, il m’a vivement conseillé de m’adresser avec confiance à vous, je vous voue que n’étant pas en correspondance avec vous depuis mon départ de St Thomas, je n’osais faire cette démarche peut-être indiscrète, encouragé par Alfred je me résigne, connaissant du reste votre empressement à rendre service à tous vos amis :

Voici ce dont il s’agit : mon acte de naissance est mal fait, du moins mon prénom de Camille n’y est pas mentionné, et le nom de Pissarro est écrit avec un z, il s’agirait de rectifier si c’est possible et faire un acte notarié constatant que Camille Pissarro est le même individu que Jacob Pissarro, si la rectification de l’orthographe n’est pas possible, faire un acte notarié avec jugement et légalisation du consulat de France, constatant mon identité au point de vue du prénom de Camille et de l’orthographe du nom de Pissarro. Il faut qu’il soit bien clairement stipulé que les deux s manquent, car ici en France, ils sont d’une rigidité excessive pour toute identité mal définie.

Vous comprenez toutes les conséquences de cette faute, d’autant plus que je suis très connue dans le monde des arts.

Recevez, mon cher Eugène, avec mes remerciements mes salutations amicales et [veuillez] me rappeler au souvenir de votre femme. Maman se porte assez bien pour son grand âge, elle me prie de la rappeler à votre bon souvenir ainsi qu’à votre femme.

Votre dévoué

C. Pissarro

N.B. — Quand aux frais, je passerai l’argent à ma mère et Victoria vous rembourserait, ou tout autre mode de paiement que vous m’indiquerez. Ayez l’obligeance de me répondre le plus tôt possible, car j’ai un papier à faire d’une grande urgence.

( Correspondance de Camille Pissaro, 1, 1865-1885, Janine Bailly-Herzberg, PUF, p. 153-154. ) - (Source image : Pissarro vers 1900 © domaine public / (appli) Entrée du village de Voisins, 1872, Musée d'Orsay © domaine public)
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