Lettre de Cassandra Austen après la mort de sa sœur Jane Austen

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Elle était le soleil de ma vie.

Jane Austen, auteure de nombreux romans intemporels et souvent adaptés au cinéma tels Orgueil et Préjugés ou Emma, a mené une vie paisible et familiale dans la campagne anglaise jusqu’à sa mort en 1817. Malade, l’écrivaine décède à l’âge de 42 ans dans les bras de sa soeur Cassandra Austen, celle-ci écrit à l’une des plus proches amies de Jane, racontant les circonstances de sa mort ainsi que son désarroi face à cette perte immense.

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Juillet 1817

Ma très chère Fanny, tu m’es d’autant plus chère maintenant que nous avons perdu notre amie chérie.

Elle t’aimait très sincèrement, et je ne dois jamais oublier les preuves d’amour que tu lui as données pendant sa maladie en lui écrivant toutes ces lettres amusantes et douces à un moment où je sais que tes sentiments te dictaient un tout autre discours. Accepte la seule consolation que je puisse t’offrir dans l’assurance que ta bienveillance ait porté ses fruits, tu as vraiment contribué à son contentement. Même ta dernière lettre lui a fait plaisir, j’ai juste ouvert le sceau et la lui ait donnée ; elle l’a ouverte et l’a lue elle-même, après quoi elle me l’a donnée à lire et puis elle m’a parlé un peu et avec joie de son contenu, mais il y avait déjà en elle une langueur qui l’empêchait de s’intéresser aux choses comme elle en avait l’habitude.

Dès mardi soir, bien que je n’avais plus d’espoir de guérison, je ne me doutais pas avec quelle rapidité sa mort approchait – j’ai perdu un trésor, une sœur, une amie que nul n’aurait pu surpasser, elle embellissait tous les plaisirs, elle était le soleil de ma vie, l’apaisement de tous les chagrins, je ne lui cachais aucune de mes pensées et c’est comme si j’avais perdu une part de moi-même. Seulement je l’aimais trop, pas plus que ce qu’elle ne méritait, mais j’ai conscience que mon affection pour elle m’a parfois rendu injuste et négligente envers les autres. Et je peux reconnaître, au-delà d’un principe général, que c’est la main de la justice qui m’a frappée par cette perte. Tu me connais trop bien pour t’inquiéter que je souffre physiquement de mes sentiments, je suis parfaitement consciente de l’étendue de ma perte irréparable, mais je ne suis pas du tout écrasée ni vraiment malade, il suffirait d’une courte période de repos au grand air. Je remercie Dieu d’avoir pu prendre soin d’elle jusqu’aux derniers instants et parmi tous les reproches que je me fais, je n’ai pas à ajouter celui d’avoir négligé son confort. Elle a senti venir sa mort une demi-heure avant de se tranquilliser et de sombrer semble t-il dans l’inconscience. Mais c’est durant cette demi-heure qu’elle a lutté, la pauvre âme ! Elle disait qu’elle ne pouvait pas nous dire sa souffrance, bien qu’elle se soit plaint que sa douleur ne se calmait pas. Quand je lui ai demandé s’il y avait quoi que ce soit qu’elle désirait, elle m’a répondu qu’elle ne désirait que la mort et quelques-uns des ces mots furent : « Dieu, donnez-moi la patience, priez pour moi, oh priez pour moi ». Sa voix était affaiblie mais tant qu’elle parlait ses paroles restaient intelligibles. J’espère que je ne te brise pas le cœur ma très chère Fanny en te racontant les circonstances de sa mort .

[…]

J’ai pu lui fermer les yeux moi-même et ça a été une formidable récompense que de pouvoir lui rendre ces derniers services. Il n’y avait aucune crispation sur son visage qui laissait penser qu’elle souffrait, au contraire, si ce n’est ce mouvement continuel de la tête, elle me faisait penser à une belle statue et même maintenant dans son cercueil, sa contenance dégage quelque chose de serein et doux si bien qu’il est plaisant de la contempler. Ce jour-là ma très chère Fanny tu eus l’intelligence mélancolique et je sais que tu souffres durement, tout comme je sais que tu t’adresseras à la source pour te consoler et que notre Dieu miséricordieux n’est jamais sourd à des prières telles que celles que tu lui offriras.

L’ultime et triste cérémonie aura lieu ce jeudi matin, son cher corps doit être déposé dans la cathédrale – c’est une satisfaction pour moi que de savoir qu’elle reposera dans un Monument qu’elle admirait tellement – je suppose que sa précieuse âme reposera en une Demeure bien supérieure. Que mon âme la rejoigne un jour.

[…]

Je t’envoie ma très chère Fanny toute mon affection

Cass. Elizabeth Austen

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( Jane Austen's letters to her sister Cassandra and others, collected and ed. by R. W. Chapman. 1969 ) - (Source image : Jane Austen, from A Memoir of Jane Austen (1870): from a watercolour by James Andrews of Maidenhead based on an unfinished work by Cassandra Austen. Engraving by Lizars)
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