Lettre de Charles Baudelaire à son frère

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Je te souhaite, mon cher frère, une bonne année.

Avant d’être le poète maudit traîné en justice pour Les Fleurs du Mal ou le flamboyant « peintre de la vie moderne » que chacun connaît, Charles Baudelaire a été un jeune homme adorable. Pour preuve, cette carte de vœux qu’il adresse à son (demi-)frère Claude Alphonse pour la nouvelle année 1839. En réalité, la relation entre les deux frères étaient moins cordiale que la lettre ne le laisse supposer. Peu avant ses dix-sept ans, Baudelaire dévoile une ambition peu connue : qu’on le regarde comme un philosophe. Commencer l’année en beauté, certes, mais aussi comme un homme ! — Bonne année avec DesLettres

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31 décembre 1838

Tout paresseux que je suis pour t’écrire, je ne puis te laisser finir 1838 sans t’adresser une épître. Je sais trop ce que je vous dois, Monsieur frère aîné ; ne faut-il pas que je vous offre mes respectueux devoirs ?

Plaisanterie à part, je te souhaite, mon cher frère, une bonne année, ainsi qu’à ma sœur ; je désire pour toi tout ce que tu désires, de l’avancement si possible. Quant à moi, je désire par-dessus tout faire une bonne année de philosophie, tant j’ai peur de la redoubler, parce qu’on me trouve bien jeune à la maison. Il paraît que je n’ai pas du tout l’air d’un philosophe, il n’a tenu qu’à un fil que je redoublasse ma rhétorique ; j’ai beau prendre un air grave, mon père et ma mère s’obstinent à me trouver un enfant. Entre dans mes intérêts, persuade-leur que je suis la raison personnifiée ; fais en sorte qu’ils voient en moi un vrai Caton, et bien en état d’aborder l’étude des lois ; si tu le fais, tu ne feras pas peu, et je t’aimerai encore plus, si c’est possible.

Pour commencer mon apprentissage de gravité, je vais aller pour la première fois à la Chambre des députés. Ainsi je te quitte un peu brusquement. Mais j’espère que tu viendras bientôt à Paris ; j’aurais tant de plaisir à te voir ! En attendant, je t’embrasse bien.
Bien des choses, je te prie, ma sœur et à M. Ducessois.

Charles.

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( Charles Baudelaire, Lettres inédites aux siens, Grasset, coll. « Les Cahiers Rouges », 1966 ) - (Source image : Charles Baudelaire par Étienne Carjat, vers 1862. Domaine public)
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