Lettre de Charles Dickens à Catherine Dickens, sa femme

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Notre petit bébé est mort.

Charles Dickens, l’immense romancier anglo-saxon né le 7 février 1812, témoin aiguisé de la révolution industrielle et de ses ravages humains, a connu les affres de la misère qu’il dépeint si bien dans son œuvre, par exemple dans Oliver Twist ou David Copperfield. L’incroyable succès de son travail ne l’a pas mis à l’écart des fléaux naturels qui menaçaient l’existence à cette époque. Ainsi en témoigne cette lettre à sa femme pour la préparer au décès soudain de Dora, sa fille âgée de 8 mois.

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15 avril 1851

Jeudi matin

Ma très chère Kate.

Écoute bien. Il faut que tu lises cette lettre, très lentement et avec précaution. Si jusqu’ici tu t’es dépêchée de lire sans tout comprendre (craignant de mauvaises nouvelles), je compte sur toi pour faire demi-tour, et lire à nouveau.

La petite Dora, qui ne souffrait aucun tourment, soudainement a été frappée par la maladie. Sortie de son sommeil, elle parut, instantanément, très malade. Que dis-je ! Je ne vais pas te tromper. Je pense qu’elle est très malade.

Rien d’autre qu’une parfaite tranquillité ne transparaît. On la croirait paisiblement endormie. Mais je suis certain qu’elle est très souffrante, et l’espoir de sa guérison ne parvient pas à me rassurer. Je ne pense pas – et pourquoi devrais-je te dire le contraire, ma  chère !– je ne pense pas sa guérison possible.

Je n’aime pas quitter le domicile. Je ne peux rien faire ici, mais je pense qu’il est bon d’y rester. Tu ne pas vas aimer être loin, je sais, et moi-même, je n’arrive pas à me résoudre à t’en tenir éloignée. Forster, avec son habituelle affection pour nous, te rejoint pour te porter cette lettre et te raccompagner à la maison. Mais je ne peux conclure sans t’adresser l’immense prière et injonction que tu arrives dans un calme absolu – et que tu te rappelles  ce que je t’ai souvent dit, que, s’agissant de nos enfants, jamais nous ne pourrons être exemptés d’afflictions touchant des enfants de nos proches. Et que si – si –, lorsque tu viendras, je dois te dire « Notre petit bébé est mort », tu devras accomplir ton devoir envers nos autres enfants, et te montrer digne de la grande confiance que tu places en eux.

Si jamais tu lis ceci, posément, j’ai la complète assurance de te savoir que tu vas agir pour le mieux.

Pour toujours affectueusement,

Charles Dickens

( The Letters of Charles Dickens, Pilgrim Edition ) - (Source image : National Portrait Gallery, London: NPG D2272)
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6 commentaires

  1. HERRERA EVELYNE

    Oui bien sûr, il y a les autres enfants à s’occuper…mais, on ne peut pas demander à une mère de rester la même au cas où elle perdrait ne serait-ce qu’un de ses enfants…car cet enfant ne peut être remplacé. C’est une déchirure !

  2. Marcelle

    Perdre un enfant est la pire chose qu’une mère peut vivre. Par amour pour ses autres enfants, elle voudra les protéger et saura dire les paroles pour les rassurés. La nouvelle du décès annoncée, la mère aura besoin de tenir ses autres enfants tout blottis contre elle afin qu’aucun autre malheur n’arrive. Elle aura de la difficulté à s’éloigner et près d’eux elle trouvera la force de continuer sa vie pour être un modèle et soutien dans le foyer…..! Une maman qui à perdu un fils tragiquement… Je t’aime fafou.

  3. Elsa

    On ne peut pas demander à une femme qui vient de perdre son enfant, qui n’a même pas pu assister à son décès, qui n’a même pas pu lui dire adieu, de rester « digne » en « accomplissant son devoir » = hurler de douleur n’a jamais ôté la dignité. Et aimer ses enfants ne devrait jamais être une question de « devoir ».

  4. nadia.jeannet@laposte.net

    C’est effectivement là une lettre au contenu éminemment discutable, se référant à une « morale »d’un autre temps ! Les progrès de la psychologie et de la psychiatrie du 20ième siècle ont montré que ces comportements artificiels devant le deuil produisent presque toujours des traumatismes durables.

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