Lettre de Chateaubriand à Madame Récamier

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Voilà tout ce que j'ai trouvé dans le triste jardin du Luxembourg.

Chateaubriand et Madame Récamier se rencontrent en 1817. L’écrivain est l’un des hôtes les plus assidus de son Salon parisien. Véritable muse du poète, ils partagèrent ensemble une relation amoureuse tendre et fidèle durant trente ans. Dans cette lettre, le grand écrivain lui exprime son manque, le supplice de son absence qui n’a pas réussi à être comblé par le magnifique Jardin du Luxembourg.

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28 juillet 1835

Hier a été une journée bien triste sans vous. Je ne sais que faire et que devenir. Une chaleur abominable et des flots de poussière, voilà tout ce que j’ai trouvé dans le triste jardin du Luxembourg et sur le boulevard, où j’ai traîné pendant deux heures, ces deux heures si bonnes ordinairement et dont se compose ma vie. Et vous étiez à notre promenade ; peut-être dans la petite église abandonnée. Le soir vous avez vu la mer et vous avez, j’espère pensé à moi. Moi, je pense toujours à vous ; il le faut bien puisque je n’ai pas autre chose dans la tête. A huit heures, un orage qui a rendu malade Mme de Chateaubriand et qui a terminé la première Glorieuse dont je n’avais pas entendu parler. Avez-vous eu cet orage ? La mer aura été bien belle. Si je l’avais vue la nuit avec vous ? Aujourd’hui, le canon m’a réveillé ; je l’avais aussi entendu, il y a cinq ans, lorsque je vous écrivais aussi à Dieppe. Quand quitterons-nous la France ?

Vous devez avoir à Dieppe maintenant l’archevêque de Paris. Il va déranger des promenades sur la rivière ; on est toujours dérangé dans la vie par quelque chose ; le temps est mon archevêque, il m’importune beaucoup ; il ne peut rien contre vous.

C’est toujours le 9 ou le 10 que nous nous retrouvons à Maintenon. Voilà deux trois jours écoulés dans l’absence. Un peu de courage, nous arriverons au bout. Le cher voyage de Dieppe me restera à jamais comme un charme sur qui nous bâtirons notre avenir : notre petite société va très bien ensemble ; il faut la fonder à jamais et la perpétuer n’importe où. J’attends demain le Hiérophante ; j’espère que Christian avance ; j’aurais voulu le voir dans sa rue obscure. Enfin, l’Héritier de Mme de Maintenon où en est-il dans ses recherches ? Je suis sûr qu’il ne fait rien. Bonjour, chère belle et bonne amie ! Voilà le seul bon moment de ma journée passé puisque je cesse de causer avec vous. Ces deux petites pages sont mes deux heures. Je vous écrirai après-demain, jeudi. Vous avez reçu un billet que je vous ai écrit dimanche, en arrivant.

[…]

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( Chateaubriand, Lettres à Madame Récamier, Flammarion, 1951 ) - (Source image : Anne-Louis Girodet, Portrait de Chateaubriand méditant sur les ruines de Rome, après 1808, huile sur toile, Musée d'Histoire de la Ville et du Pays Malouin, © Wikimedia Commons / François Gérard, Portrait de Madame Récamier, 1805, huile sur toile, Musée Carnavalet, © Wikimedia Commons)
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