Lettre de Edward J. Snowden aux Représentants Politiques de la République du Nicaragua

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Je fais face à la possibilité d'une vie en prison voire même à la mort.

Edward Joseph Snowden, ancien employé de la CIA et de la NSA, a divulgué et publié en juin 2013 des informations confidentielles prouvant que les Etats-Unis surveillent et écoutent les communications mondiales. Ce scandale, comparable à l’affaire Watergate, qui illustre le mythe terrifiant de « Big Brother is watching you », le conduit, bloqué en zone de transit international à l’aéroport de Moscou, à demander l’asile politique au Nicaragua. Une lettre d’une sombre actualité politique.

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30 juin 2013

Aux Représentants Politiques de la République du Nicaragua,

Moi, Edward Snowden, citoyen des Etats-Unis d’Amérique, j’écris pour demander l’asile politique à la République du Nicaragua en raison du risque encouru d’être persécuté par le gouvernement des Etats-Unis et ses agents, en lien avec ma décision de rendre publique de sérieuses violations de la Constitution commises par le gouvernement des Etats-Unis, particulièrement de ses Quatrième et Cinquième Amendements, ainsi que de différents traités des Nations Unies que mon pays est tenu de respecter. En raison de mes opinions politiques, et de mon désir d’exercer ma liberté d’expression, par laquelle j’ai démontré que le gouvernement des Etats-Unis intercepte la majorité des communications dans le monde, le gouvernement des Etats-Unis a publiquement annoncé l’ouverture d’une enquête criminelle à mon encontre.

Des membres éminents du Congrès et d’autres dans les médias m’ont accusé d’être un traitre et ont appelé à mon emprisonnement ou à mon exécution en réponse pour avoir communiqué cette information au public. Certaines des charges qui ont été présentées contre moi par le Département de la Justice des Etats-Unis sont liées à la Loi sur l’Espionnage de 1917, dont l’une mentionne, parmi les condamnations possibles, la prison à perpétuité.

Une jurisprudence internationale stipulant l’asile dans des cas de figure comme les mien a déjà été instaurée, avec l’Equateur accordant l’asile au fondateur de WikiLeaks, Julien Assange en relation avec ce genre d’enquête de représailles. Mon cas est aussi très similaire à celui du soldat américain Bradley Manning ; celui-ci avait rendu publique une information gouvernementale, révélant des crimes de guerre, par le biais de WikiLeaks, il avait été arrêté par le gouvernement des Etats-Unis et avait été traité de façon inhumaine pendant son emprisonnement. Il avait été placé en isolement cellulaire avant son procès et le représentant de la lutte contre la torture des Nations Unies a jugé que M. Manning avait été victime de sévices cruels et inhumains de la part du gouvernement des Etats-Unis.

Le procès contre Bradley Manning est actuellement en cours, des documents secrets ont été présentés à la cours et des témoins confidentiels ont été appelés à la barre. Etant données les circonstances, je suis convaincu qu’il est peu probable que je reçoive un procès équitable ou un traitement convenable avant ce procès, et que je fais face à la possibilité d’une vie en prison voire même à la mort.

Edward Joseph Snowden.

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