Lettre de Francisco Goya à Martin Zapater

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Tes lettres me rendent fou.

Francisco de Goya (30 mars 1746 – mort le 16 avril 1828) fut l’un des précurseurs du romantisme et des avant-gardes picturales du XXe siècle. Cette lettre, tirée d’un échange épistolaire qui dura plus de trente ans, est adressée par le peintre espagnol à son ami Martin Zapater. Elle nous dévoile à travers des mots crus et un ton direct, les désirs qui caractérisaient l’homme qu’il était.

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Mon cher Martin,

Tes lettres me rendent fou et si je n’étais pas résolu à peindre ce tableau, je te rejoindrais, car tu me plais tellement, et mon caractère est si fort qu’il me serait impossible de te remplacer. Crois-moi lorsque je t’affirme que ma vie pourrait se résumer à être ensemble, chasser et nous encanailler et dépenser en toute sérénité mes vingt et demi reales. En ta compagnie, cela serait la meilleure chose au monde (nous deviendrions ainsi de vrais paresseux heureux), et en fait, rien d’autre au monde ne me plairait autant, surtout si tu continues à m’écrire avec ce style qui me rend fou. J’en viens à te parler tout seul pendant des heures, et je me rends compte que ce n’est pas réel et que peut-être je n’aurai pas cette chance (je crois d’ailleurs que 23 reales c’est peu pour cette fin heureuse). Et puis, je t’emmerde, les ferias m’ont coûté beaucoup d’argent.

Ça me rend vraiment heureux que vous puissiez chasser, moi ici je ne peux pas parce que cela coûte trop cher, et comme tu le sais, j’ai investi 30 000 et je n’ai pas envie de faire la fête, cela ne veut pas dire pour autant que je sois pauvre, grâce à Dieu. Mais je ne pourrai pas rembourser cette année à Goycoecha les frais qu’avaient avancés mes parents avant que mon travail ne soit fini et payé, me rapportant, si je ne m’abuse, 30 000 reales. – Ainsi, Dieu m’aide.

Passe le bonjour au professeur Joaquina ainsi qu’au Professeur Antonio, à tes parents, tes frères, tous nos amis et transmets à Pallas que je ne suis pas d’humeur à le rendre fou, et que Torra dit qu’elle lui chie dessus. Il semblerait que Camilo veuille se présenter aux concours de Toledo, il est déjà temps que je termine alors Paco t’embrasse.

Aussi, je regrette beaucoup que Ramirez soit malade, embrasse-le.

( Francisco de Goya,Cartas a Martin Zapater, Turner, 2003. / Traduction © DesLettres ) - (Source image : Francisco de Goya, « Autoportrait ». Académie des beaux-arts de San Fernando, Madrid © Turespaña)
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