Lettre de François-Vincent Raspail à sa mère

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Je me suis sacrifié pour ce malheureux et vous m'avez tous accablé.

François-Vincent Raspail (25 janvier 1794 – 7 janvier 1878) est un chimiste, botaniste et homme politique français. Ses travaux ont notamment contribué au développement de la théorie cellulaire au XIXe siècle. Il est aussi l’inventeur de la « méthode Raspail », un ensemble de conseils d’hygiène à destination des plus pauvres, qui peuvent aujourd’hui apparaître comme complètement dépassés, mais qui lui ont valu en son temps le surnom de « Robin des Bois » de la médecine. Raspail mêle étroitement, durant toute sa vie, ses activités de savant, d’entrepreneur et de militant politique républicain. On découvre dans cette lettre que le héraut du progrès et de la justice n’a pas eu une jeunesse facile…

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Vous n’avez pas oublié qu’il y’a environ deux ans, je vous écrivais qu’il m’était impossible de continuer de fournir aux besoins d’Amédée et que je suppliais mes frères de concourir à cette bonne oeuvre (…).

Je ne vous ai jamais dit dans un temps où je gagnais après mon logement et ma nourriture que 50 centimes par mois que j’en donnais trente pour la nourriture d’Amédée et le reste était le plus souvent destiné à lui payer son chapeau et ses souliers. Je ne vous ai jamais dit que ces 50 centimes par mois m’auraient servi à payer mes examens en droit ou en médecine et qu’aujourd’hui j’aurais un état. Je me suis sacrifié pour ce malheureux et vous m’avez tous accablé, vous avez détruit ma réputation.

Vous me reprochez d’avoir tout fait pour moi, je ne vous répondrai pas que le devoir d’une mère est d’élever ses enfants, moi je vous demande de me mettre en comparaison avec vos autres enfants. En est-il un d’eux qui vous ait coûté moins d’argent que moi ? Mes cours de professeur n’ont-ils pas rapporté trois mille francs à la famille ? Avez-vous le droit de me reprocher une somme que vous m’avez fournie pour mon voyage à Paris ?

On m’accuse de libertinage et il est des circonstances où l’homme d’honneur ne sait pas résister, et il arrive bien souvent que la divinité couronne de son indulgence celui que l’ignoble société voudrait couvrir de l’ignominie de ses préjugés.

raspailbio

( P. et J-P Bédéï, François-Vincent Raspail, Savant et Républicain rebelle, Paris, Alvik éditions, 2005. ) - (Source image : François-Vincent Raspail, gravure de Carey : http://www.biusante.parisdescartes.fr/histmed/image?CIPB0097)
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