Lettre de George Sand à propos de Chopin

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Il y a sept ans que je vis comme une vierge avec lui.

George Sand (1er juillet 1804 – 8 juin 1876) romancière et écrivaine vécut durant sa riche vie de nombreuses relations amoureuses qui donnèrent lieu à des correspondances passionnées et passionnantes. Eprise d’un enfant terrible du siècle,  Chopin, ils partent en voyage à Majorque où la santé du musicien se détériore : il souffre d’une tuberculose. De retour entre Nohant et Paris, Chopin devient un amant tyrannique et les malentendus se multiplient. Les orages éclatent sur fond de discordes familiales, et cette lettre, envoyée à un très bon ami du couple, Gryzmala, reflète fidèlement le déclin d’un amour passionné.

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12 mai 1848

Le mal qui ronge ce pauvre être [Chopin] au moral et au physique me tue depuis longtemps, et je le vois s’en aller sans avoir jamais pu lui faire du bien puisque c’est l’affection inquiète, jalouse et ombrageuse qu’il me porte, qui est la cause principale de sa tristesse. Il y a sept ans que je vis comme une vierge avec lui et les autres, je me suis vieillie avant l’âge et même sans effort ni sacrifice, tant j’étais lasse des passions et désillusionnée sans remède.

Si une femme sur la terre devait lui inspirer la confiance la plus absolue, c’était moi, et il ne l’a jamais compris ; et je sais bien que des gens m’accusent, les uns de l’avoir épuisé par la violence de mes sens, les autres de l’avoir désespéré par mes incartades. Je crois que tu sais ce qu’il en est. Lui, il se plaint à moi de ce que je l’ai tué par la privation, tandis que j’avais la certitude de le tuer si j’agissais autrement. Vois quelle situation est la mienne dans cette amitié funeste où je me suis faite son esclave dans toutes les circonstances où je le pouvais sans lui montrer une préférence impossible et coupable sur mes enfants, où ce respect que je devais inspirer à mes enfants et à mes amis a été si délicat et si sérieux à conserver.

J’ai fait, de ce côté-là, des prodiges de patience dont je ne me croyais pas capable, moi qui n’avais pas une nature de sainte comme la princesse [la princesse Anna Czartoryska, la jeune femme du prince Adam]. Je suis arrivée au martyre ; mais le ciel est inexorable contre moi,  comme si j’avais de grands crimes à expier, car au milieu de tous ces efforts et de ces sacrifices, celui que j’aime d’un amour absolument chaste et maternel se meurt victime de l’attachement insensé qu’il me porte. Dieu veuille, dans sa bonté, que, du moins, mes enfants soient heureux.

( Pascale Fautrier, Chopin, Folio biographies. Image : Wikipédia ) - (Source image : wikipedia)
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