Lettre de Groucho Marx à sa fille, Miriam

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C’est cette fameuse semaine avant Noël. Probablement la semaine la plus putride de l’année.

Groucho Marx (1890-1977), membre du célèbre groupe de comédiens des Marx Brothers, a mené une carrière au cinéma dans des films comiques et sur les scènes de Broadway jusqu’aux années 1950. Dans cette lettre pleine d’humour adressée à sa fille, il se montre très peu sensible à la magie de Noël…

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18 décembre 1953

Chère Schmir :

On dirait que nos lettres se sont croisées en vol.

J’ai bien noté ta remarque comme quoi j’aurais raconté que tu t’étais fiancée. Je n’en ai parlé à personne. D’abord, c’est un mot désuet que je n’ai pas prononcé depuis des années. Ensuite, je ne parle pas de ta vie privée. J’ai dit à Sheekman, qui se crétinise de plus en plus au fil des ans, que tu sortais avec un gentil gars de Topeka. Alors oublie ça.

Ravi d’apprendre que la jupe et le chemisier t’ont plu. Je t’ai acheté un pyjama de flanelle chez Saks quand j’étais à New York. Apparemment tu ne l’as jamais reçu, et je ne suis pas certain que tu portes encore ce genre de vêtement.

C’est cette fameuse semaine avant Noël. Probablement la semaine la plus putride de l’année. Cet après- midi je dois aller racheter un de ces foutus sapins que plus personne ne regarde une fois qu’il est dans le salon ; et les restes de ce sapin, sous forme d’aiguilles, perdurent des semaines dans les meubles, les tapis, les rideaux.

Melinda a demandé un service à vaisselle en alumi- nium et je lui ai dit que Papa Noël le lui apporterait. Elle a répondu : « Tu crois que je sais pas que le père Noël n’existe pas ? Je sais que c’est toi. Je le sais depuis que j’ai quatre ans, mais je ne voulais pas te faire de la peine. »

D’après son télégramme, Mademoiselle Hartford nous arrive de Paris dimanche, pleine de microbes grippaux et de mots basiques en français, qui nous seront bougrement utiles si jamais nous allons manger à LaRue, ou si elle finit dans une maison close.

Je te joins un chèque de Noël de 150 $, que tu pour- ras utiliser pour faire ce que tu juges bon, y compris le renvoyer.

J’ai une drôle de joute en cours avec le dentiste. C’est un nouveau. La première fois que j’y suis allé, j’ai ouvert mon clapier. Il l’a scruté avec soin et dit « M. Marx, je crains que nous (ils emploient toujours le “nous” éditorial) devions refaire intégralement votre bouche. » Sacré prophète.

J’espère que cette lettre te trouvera en aussi bonne forme que la dernière fois qu’on s’est vus.

Tout le monde t’envoie son amour, et un joyeux Noël.

Padre

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( Lettres de Noël, Collection Mots Intimes, Le Robert, 2015 ) - (Source image : https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/3/38/Groucho_Marx.jpg)
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