Lettre de Juliette Drouet à Victor Hugo

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Je souffre de te savoir loin au milieu de femmes qui voudront te plaire… au moins.

Cas unique dans la littérature française, Juliette Drouet, la maîtresse de Victor Hugo, aura reçu et écrit plus de lettres que l’épouse de l’immense écrivain. Menant une vie recluse, renonçant à ses aspirations de comédienne, elle ne vécut que pour et par lui, par-delà ses batailles, infidélités, obstacles et exils : 50 ans d’amour, de lettres historiques et de jalousie convulsive !

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1834

Pour toi,

Vous m’avez quittée bien vite, mon Victor. Vous paraissiez bien pressé de retourner parmi les beautés de tous les mondes qui s’étaient réunies ce soir pour vous enlever à moi.

Mais, prenez-y garde. Fussiez-vous au bout de la terre, avec la plus belle des Patagonaises, j’irai vous y retrouver, terrible et la hache à la main.

Mon Victor, je voulais te donner une preuve de bonne humeur et de résignation. Mais voilà que mes idées se rembrunissent, mes yeux se mouillent de larmes, je n’ai plus la force de plaisanter.

Je souffre de te savoir loin de moi au milieu des femmes qui voudront te plaire… au moins.

Mon Victor, n’oublie pas que je t’aime, qu’un seul de tes regards pour une autre femme que moi me ferait mourir.

Mon Victor, aime-moi, n’aime que moi, et je serai ta femme, ton amante, ton esclave, ton chien. Je baiserai tes pieds. Je mendierai s’il le faut. Mais aime-moi, n’aime que moi.

JULIETTE.

drouet

( Juliette Drouet, « Mon grand petit homme...» : Mille et une lettres d'amour à Victor Hugo, Gallimard, « L'Imaginaire », 2002 ) - (Source image : Portrait de Juliette Drouet, Alphonse-Léon Noël, © Wikimedia Commons / Portrait photograph of Victor Hugo published in the widely distributed serial publication entitled Galerie contemporaine, littéraire, artistique, Étienne Carjat (1828–1906), 1876, Bibliothèque nationale de France, © Wikimedia Commons )
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