Lettre de Juliette Drouet à Victor Hugo

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Je te donne même une prime, celle de me faire tout ce que la pudeur te permettra devant ces deux femmes et même au-delà.

Cas unique dans la littérature française, Juliette Drouet, la maîtresse de Victor Hugo, aura reçu et écrit plus de lettres que l’épouse de l’immense écrivain. Menant une vie recluse, renonçant à ses aspirations de comédienne, elle ne vécut que pour et par lui, par-delà ses batailles, infidélités, obstacles et exils : 50 ans d’amour et de lettres historiques !

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11 mars 1837

Mon cher petit bijou d’homme, vous êtes mon Toto bien aimé. J’espère que vous ne me ferez pas le chagrin inconsolable d’écrire d’autres vers que ceux déjà imprimés. Je vous répète cette prière parce que je sens vraiment que ce serait pour moi un chagrin des plus vifs et que je compte sur votre bonté ordinaire pour me l’épargner.

J’espère encore que demain à cette soirée vous aurez l’extrême bonté de venir me voir, car je me tiendrai bien au fond de la loge et je vous promets de ne regarder et de n’écouter que vous tout le temps que vous serez avec moi ; comme je vous promets de ne penser qu’à vous tout le temps que vous serez forcé de passer loin de moi. Toujours : donnant, donnant.

Je t’aime, mon cher, cher amour, je t’aime de toute mon âme ; je n’ai que le désir de te plaire. Je donnerais les trois quarts de ce qui me reste à vivre pour être sûre d’être aimé[e] de toi. L’autre quart, il est malheureux que ça ne se puisse pas faire ainsi, il y a déjà longtemps que j’aurais conclu le marché.

Mon petit Toto chéri, je me tiendrai bien au fond de la loge et dans le coin le plus noir, et avec le plus grand plaisir ; de ton côté tu seras bien loyal et bien honnête envers moi et tu viendras le plus possible dans ma loge. Je te donne même une prime, celle de me faire tout ce que la pudeur te permettra devant ces deux femmes et même au-delà, de me tâter tous les endroits connus et inconnus à ton choix. Enfin je me livrerai à toi corps et âme devant Dieu, devant les hommes et les femmes et les demoiselles s’il y en a. En attendant je te baise toi, tes cheveux, ta bouche et ton petit doigt.

Juliette

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( Juliette Drouet, Mille et une lettres d'amour à Victor Hugo, Paris, Gallimard, 2002 ) - (Source image : Wikipedia )
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