Lettre de Ken Loach à Tali Shalom Ezer

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Levez-vous, s’il vous plaît, du côté des oppressés contre les oppresseurs.

Ken Loach est un réalisateur britannique dont les œuvres sont axées sur la misère en Grande-Bretagne. Durs et poignants, ses films résonnent dans l’esprit du spectateur pour finalement poser les bonnes questions : qu’est ce qui est bon ? qu’est ce qui est mal ?

Une nouvelle fois cette année, le réalisateur est nominé au festival de Cannes pour son film I, Daniel Blake. Derrière la caméra comme dans la vie l’homme est engagé et ne se prive pas de se prononcer sur ce qu’il croit être juste ou non, comme au travers de cette missive qu’il destine à Tali Shalom Ezer.

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mai 2009

Cher Tali Shalom Ezer,

Depuis le début, Israël et ses partisans ont accusé leurs délateurs d’être antisémites ou racistes. C’est une tactique pour miner le débat rationnel.

Pour être aussi clair que de l’eau de roche : en tant que réalisateur, vous avez reçu un accueil chaleureux à Edimbourg. Vous n’êtes ni censuré, ni rejeté. L’opposition concernait plutôt à la réception d’argent provenant de l’État d’Israël par le Festival.

L’appel en faveur d’un boycott des institutions culturelles israéliennes est venu de nombreux Palestiniens : écrivains, artistes, journalistes, hommes de loi, académiciens, syndicalistes, enseignants. Ils le considèrent comme « une contribution à la lutte pour la fin de l’occupation d’Israël, sa colonisation et son système d’apartheid. » Qui sommes-nous, pour ne pas tenir compte de leur appel ? Vos arguments de comptoir étaient déjà utilisés contre le boycott sud-africain, qui finit finalement par sortir victorieux.

Nous nous souvenons que les Palestiniens ont été dépossédés soixante ans durant, que leurs maisons ont été détruites et leurs communautés anéanties. Les Israéliens ignorent la loi internationale, la convention de Genève et la plupart des décisions des Nations Unies.

Nous avons vu avec horreur les récents massacres à Gaza, comment l’armée israélienne use de bombes au phosphore dans les zones habitées, comment les asiles et entrepôts des Nations Unis étaient détruits. La Croix Rouge a décrit des frappes sur les équipes médicales et le refus d’aide aux blessés. Une journaliste israélienne, Amira Hass, a rapporté la mort de personnes arborant des drapeaux blancs et l’annihilation de familles entières.

Face à de tels crimes, le poète israélien Aharon Shabtai écrit : « Je ne crois pas qu’un état qui maintient une occupation perpétrant un lot quotidien de crimes contre les civils mérite d’être invité à quelque événement culturel que ce soit. »

Ceux qui ont attaqué le boycott sont ici les suspects habituels, les vieux politicards de l’extrême droite. Chacun pensait que vous étiez un homme. […]

Levez-vous, s’il vous plaît, du côté des oppressés contre les oppresseurs. J’espère que vous appréciez le Festival.

Ken Loach

( http://bit.ly/1YCgjjg ) - (Source image : Ken Loach, Ozgurgerilla, GNU, © Wikimedia Commons)
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Un commentaire

  1. Jérémie Wainstain

    C’est dommage que l’auteur de cet article ait tronqué de la partie la plus brillante de ce texte.
    Il me faut rétablir les paroles de ce grand homme à la pensée si profonde.

    « Le monde est simple, Tali, croyez-en l’avis d’un vieux cinéaste qui en a vu des vertes : les gens sont soit gentils, soit méchants, c’est une dure réalité. Et les victimes sont pauvres et gentilles face à des bourreaux riches et méchants.

    Est-ce être antisémite que dire celà ? Je ne le crois pas.

    Et ceux qui veulent miner le débat rationnel osent dire que les choses sont compliquées ? Que le Moyen Orient est une poudrière et que Arafat était un sale type qui a raté sa chance ? Mais qui sont-ils pour remuer la vase au fond du puits ? Des gens de droite. Qui sont-ils pour oser nous rappeler que la guerre dans la région dure depuis cent ans, et que les frontières ont été tracées au couteau par mes grand-parents au lendemain de la première guerre mondiale ? Des gens de droite. Des fascistes. Evidemment.

    Car vous m’accorderez que mettre en doute la bonne volonté des Palestiniens et des pays arabes pour règler ce problème territorial est d’une profonde injustice. Des méthodes de fasicstes. Quoi ? Les Palestiniens ne voudraient pas la paix ? Quoi ? Ils s’enfermeraient dans une démarche suicidaire et sans issue ? Quoi ? Le Hamas ne serait pas ce qu’il y a de plus démocratique et harmonieux comme interlocuteur ? Mais enfin, Tali, tout le monde voit bien que si les méchants étaient gentils et partageaient la terre et vivaient en harmonie, il n’y aurait ni guerre ni occupation ni colonisation, n’est-ce pas ? Les gens ont bien des yeux pour voir ça non ?

    La réalité est bien plus simple que ce que voudraient nous faire croire ces « fascisto-complexificateurs de l’histoire ». Depuis l’aube de l’humanité il n’y a qu’une seule vérité, c’est que les gens de gauche sont gentils et que les gens de droite sont méchants. Nous avons toujours soutenu les plus faibles, les victimes, depuis les russes rouges jusqu’aux cubains, des khmers rouges aux ayatollahs, nous avons toujours soutenu les victimes qui se sont élevées contre l’impéralisme américain, comme le Hamas aujourd’hui s’élève contre les crypto-sionistes.

    Et c’est pour celà que nous sommes du bon côté.

    Je vous demande donc à nouveau, comme moi, de soutenir les victimes contre les bourreaux, et de soutenir de manière inconditionnelle le peuple Palestinien, le Hamas et le Hezbollah, et d’appeler au boycott contre ce peuple sioniste qui est seul responsable de cette situation génocidaire. C’est à cause des juifs que la situation est celle qu’elle est aujourd’hui, car comme le dit le grand mufit d’Arabie Saoudite : « une femme est pire qu’un âne, un juif est pire qu’un porc ».

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