Lettre de Kurt Cobain à son ami d’enfance imaginaire

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Il vaut mieux brûler franchement que s'éteindre à petit feu.

Le 8 avril 1994, un électricien retrouvait le corps de Kurt Cobain, leader du légendaire groupe grunge Nirvana qui a marqué la musique et  l’histoire des années 90. Tragiquement suicidé, il n’a laissé que cette lettre d’adieu adressée à un ami d’enfance imaginaire.

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5 avril 1994

A Boddah,

Parlant du point de vue d’un niais qui en a vu et qui, visiblement, préférerait être un gamin émasculé et plaintif, cette lettre devrait être assez facile à comprendre.

Tous les avertissements qui m’ont été donnés, des quatre cents coups du punk rock, jusqu’à ma découverte, dirons-nous, de l’éthique qu’impliquaient l’indépendance et l’embrassement de votre communauté, se sont avérés justifiés. Je n’ai plus ressenti d’excitation à écouter de la musique ni même à en créer depuis maintenant trop d’années. Je me sens coupable de tout cela bien au-delà des mots.

Par exemple, lorsque nous sommes en coulisses, que les lumières s’éteignent et que les hurlements frénétiques de la foule commencent à se faire entendre, cela ne me touche plus autant qu’un Freddie Mercury, qui semblait adorer et se délecter de l’amour et de l’adoration que cette foule lui témoignait, ce que j’admire et envie totalement. Le fait est que je ne peux pas vous tromper, aucun d’entre vous. Cela n’est honnête ni pour vous ni pour moi. Le pire crime auquel je puisse penser serait de duper les gens en prétendant que je m’amuse encore à 100%. Parfois, j’ai l’impression que c’était comme si je pointais avant de monter sur scène. J’ai essayé tout ce qui était en mon pouvoir pour y prendre plaisir (et j’y prends effectivement plaisir, mon dieu croyez moi, j’y prends plaisir, mais pas suffisamment). Je me réjouis d’avoir touché et diverti tant de gens. Je dois être l’un de ces narcissiques qui n’apprécient les choses que lorsqu’elles ne sont plus. Je suis trop sensible. J’ai besoin d’être légèrement engourdi pour retrouver l’enthousiasme de mon enfance.

Au cours de nos trois dernières tournées, j’ai pu apprécier bien mieux tous les gens que j’ai rencontrés personnellement ou en tant qu’admirateur de notre musique ; mais je ne parviens toujours pas à surmonter la frustration, la culpabilité et l’empathie que j’éprouve à l’égard de tout le monde. Il y a de la bonté en chacun de nous et je pense que j’aime tout simplement trop les gens. Tant et si bien que ça me rend foutrement triste. Pauvre petit, susceptible et ingrat, né sous le signe du poisson, doux Jésus. Pourquoi ne pas simplement se réjouir ? Je ne sais pas !

J’ai une femme divine qui transpire l’ambition et la compassion et une fille qui me rappelle trop ce que j’ai été, pleine d’amour et de joie, qui embrasse chaque personne qu’elle croise parce que chacun est bon et ne lui fera pas de mal. Et ça me terrifie au point que je peux à peine fonctionner. Je ne peux pas me faire à l’idée que Frances puisse devenir le rocker misérable, autodestructeur et suicidaire que je suis aujourd’hui.

J’ai de la veine, beaucoup de veine, mais dès l’âge de sept ans, j’ai commencé à haïr l’être humain en général. Simplement parce que ça semble si facile pour les gens qui ont de l’empathie de bien s’entendre. Seulement parce que j’aime trop les gens et que je me montre trop compatissant envers eux, je crois.

Je vous remercie tous, depuis le gouffre brûlant de mon estomac nauséeux, pour vos lettres et l’intérêt que vous m’avez accordé ces dernières années. Je suis un gosse, trop erratique et trop instable ! Je n’ai plus de passion, alors rappelez-vous : il vaut mieux brûler franchement que s’éteindre à petit feu.

Paix, amour, compassion. Kurt Cobain.

Frances et Courtney, je vous adorerai toujours.
S’il te plaît, Courtney, continue pour Frances.
Pour sa vie, qui sera bien plus heureuse sans moi.

JE VOUS AIME. JE VOUS AIME !!!

Lettre de Kurt Cobain à son ami d’enfance imaginaire : « Il vaut mieux brûler franchement que s’éteindre à petit feu. »
( http://kurtcobain.com/news/kurt-cobains-suicide-note/ ) - (Source image : Debuxo de Kurt Cobain par Rose Robin, © Wikimedia Commons)
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6 commentaires

  1. Sam

    Pourquoi préciser le temps de lecture…? On dirait qu’on calcule comment ingurgiter un max de texte quand on lit…On se croirait dans une espèce de marque pour régime littéraire…

    • Nicolas Bersihand

      Bonjour, c’est une proposition éditoriale originale de DesLettres qui, je vous rassure, n’a rien d’une marque ni d’un régime, mais donne une indication sur la taille du texte, comparable à la vue des pages d’un livre. C’est d’ailleurs très apprécié par nos lecteurs. Merci de votre commentaire et bonne lecture, en faisant fi de ce élément. Cordialement, DesLettres

  2. catherine

    et c’est une lettre qui m’émeut beaucoup parce qu’elle est adressée à n’importe qui, nous faisons beaucoup de mal à monter aux nues des artistes qui ne pourront jamais être à la hauteur du culte que nous leur vouons tout simplement à cause de leur fragilité et de leur hyper-sensibilité tout comme des humains. Ils ne sont pas des Dieux non loin de là.

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