Lettre de Léonard de Vinci à Ludovic Marie Sforza dit le More, Duc de Milan

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En peinture, je puis faire ce que ferait un autre, quel qu’il puisse être.

Leonard de Vinci est l’une des figures les plus éminentes du Quattrocento : doué dans tous les domaines, de la science aux Beaux-Arts, en passant par la philosophie et même la poésie, l’artiste italien a illuminé son siècle par ses créations et ses découvertes.  Après s’être formé puis illustré par ses peintures à Florence, l’artiste gagne Milan rencontrer son futur mécène, le duc Ludovic Sforza, séduit par les louanges des Médicis et la lettre de présentation qu’il lui envoya. Faisant état de ses qualités d’ingénieur, il sera engagé au titre                 d’« ordonnateur de fêtes et spectacles aux décors somptueux » et réalisera d’importants travaux d’ingénierie et d’architecture.

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1482

Ayant très illustre Seigneur, vu et étudié les expériences de tous ceux qui se prétendent maîtres en l’art d’inventer des machines de guerre et ayant constaté que leurs machines ne diffèrent en rien de celles communément en usage, je m’appliquerai, sans vouloir faire injure à aucun, à révéler à Votre Excellence certains secrets qui me sont personnels, brièvement énumérés ici.

J’ai un moyen de construire des ponts très légers et faciles à transporter, pour la poursuite de l’ennemi en fuite ; d’autres plus solides qui résistent au feu et à l’assaut, et aussi aisés à poser et à enlever. Je connais aussi des moyens de bruler et de détruire les ponts de l’ennemi.

Dans le cas d’investissement d’une place, je sais comment chasser l’eau des fossés et faire des échelles d’escalade et autres instruments d’assaut.

Item. Si par sa hauteur et sa force, la place ne peut être bombardée, j’ai un moyen de miner toute forteresse dont les fondations ne sont pas en pierre.

Je puis faire un canon facile à transporter qui lance des matières inflammables, causant un grand dommage et aussi grande terreur par la fumée.

Item. Au moyen de passages souterrains étroits et tortueux, creusés sans bruit, je peux faire passer une route sous des fossés et sous un fleuve.

Item. Je puis construire des voitures couvertes et indestructibles portant de l’artillerie et, qui ouvrant les rangs de l’ennemi, briseraient les troupes les plus solides. L’infanterie les suivrait sans difficulté.

Je puis construire des canons, des mortiers, des engins à feu de forme pratique et différents de ceux en usage.

Là où on ne peut se servir de canon, je puis le remplacer par des catapultes et des engins pour lancer des traits d’une efficacité? étonnante et jusqu’ici inconnus. Enfin, quel que soit le cas, je puis trouver des moyens infinis pour l’attaque.

S’il s’agit d’un combat naval, j’ai de nombreuses machines de la plus grande puissance pour l’attaque comme pour la défense : vaisseaux qui résistent au feu le plus vif, poudres et vapeurs.

En temps de paix, je puis égaler, je crois, n’importe qui dans l’architecture, construire des monuments privés et publics, et conduire l’eau d’un endroit à l’autre. Je puis exécuter de la sculpture en marbre, bronze, terre cuite. En peinture, je puis faire ce que ferait un autre, quel qu’il puisse être. Et en outre, je m’engagerais à exécuter le cheval de bronze à la mémoire éternelle de votre père et de la Très Illustre Maison de Sforza.

Et si quelqu’une des choses ci-dessus énumérées vous semblaient impossible ou impraticable, je vous offre d’en faire l’essai dans votre parc ou en toute autre place qu’il plaira à Votre Excellence, à laquelle je me recommande en toute humilité.

Lettre de Léonard de Vinci à Ludovic Marie Sforza dit le More, Duc de Milan : « En peinture, je puis faire ce que ferait un autre, quel qu’il puisse être. »1
( Texte et fac similé : Il Codice Atlantico di Leonardo da Vinci, nella Biblioteca Ambrosiana di Milano, édité et trancris par Giovanni Piumati, Milan, 8 volumes,1894-1904; Image : Self-portrait of Leonardo da Vinci, wikipédia )
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