Lettre de Léopoldine Hugo à son père

2

min

C’est toi qui nous as appris à apprécier et à jouir des belles choses.

Léopoldine Hugo était la prunelle des yeux de son père. Malgré ses reproches quant à son mariage qu’il juge précoce, Victor Hugo garde sa fille au plus près de son cœur et entretient avec elle une correspondance foisonnante. La perte prématurée et tragique de cette enfant marquera fortement son œuvre — il écrira pour elle ses plus beaux poèmes. Dans cette lettre que Léopoldine lui adresse en 1839, on peut lire tout le respect et l’admiration à celui qui lui a donné la vie.

A-A+

[après le 24 avril - avant le 27 août 1839]

Mon père chéri,

Pardonne-moi de t’ennuyer quelquefois en t’écrivant, je sais bien que mes lettres ne peuvent t’intéresser et cependant j’espère que l’affection que tu me portes, me justifiera à tes yeux. J’éprouve le besoin de te parler de toutes les merveilles que j’ai vues tu les a comprises si complètement, toi, que tu comprendras bien aussi l’admiration que j’ai ressentie. Toutes les rives de la Seine sont si belles que pendant la traversée nous n’avons pas eu un instant d’ennui ; nous regardions toujours, nous ne perdions aucun des magnifiques points de vue qui nous ont semblé à nous qui n’avions rien vu encore plus superbes qu’à ceux qui voyagent [souvent]. Nous avons ensuite admiré Rouen et ses belles églises, sa cathédrale surtout que j’aurais voulu [visiter] complètement. Je t’ai remercié dans le fond de mon cœur, mon père chéri, car c’est toi qui nous as appris à apprécier et à jouir des belles choses. La Seine borde le jardin de Mr Vacquerie, nous voyons de petits navires stationnaires depuis plusieurs jours en cet endroit, le matin je regarde l’eau de mon lit ; c’est une bien charmante maison que celle-ci elle le serait bien davantage si tu l’habitais avec nous. Je ne te demande pas de me répondre avant que ta pièce ne soit finie, ne te dérange jamais pour moi, c’est la meilleure manière de me prouver que tu m’aimes comme je le désire. [J’ai bien pensé] à ta pièce, mon bien-aimé père, je suis bien fière et bien glorieuse de cette œuvre là, moi qui [porte] ton nom, [je sens] bien vivement combien je suis heureuse de t’avoir pour père j’en remercie de tout mon cœur le bon Dieu qui me donne tant de bonheur et de joie.

Je t’embrasse, mon père chéri, comme je t’aime, je regrette souvent de ne pouvoir te donner de ces bons baisers qui défaisaient ta raie, qui me faisaient tant de bien.

Ta bien respectueuse et bien affectionnée fille

Léopoldine Hugo

robert

( Lettres à mon père, Collection Mots Intimes, Le Robert, 2015 ) - (Source image : Léopoldine Hugo, peinture d'Auguste Chatillon, 1835, Maison de Victor Hugo, Paris / BIS / Ph. © Archives Larbor, Victor Hugo, peinture de Léon Bonnat, 1879, Musée national du Château de Versailles, Versailles / BIS / Collection Archives Nathan)
Pour recevoir plus de lettres, cliquez ici.

La recommandation de la rédaction :

les articles similaires :