Lettre de Léopoldine Hugo à son père

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Je suis fière de toi, cher papa, ton nom que je porte me fait l'effet d'une couronne.

Léopoldine Hugo était la prunelle des yeux de son père. Malgré ses reproches quant à son mariage qu’il juge précoce, Victor Hugo garde sa fille au plus près de son cœur et entretient avec elle une correspondance foisonnante. La perte prématurée et tragique de cette enfant marquera fortement son œuvre — il écrira pour elle ses plus beaux poèmes. Dans cette lettre que Léopoldine lui adresse en 1839, on peut lire tout le respect et l’admiration à celui qui lui a donné la vie.

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[5 octobre 1839]

Mon bien aimé papa,

Je sais que tu vas à Marseille et je me dépêche de t’écrire afin que tu trouves des nouvelles de nous tous en y arrivant et que tu sois bien convaincu que dans mon cœur tu occupes avec ma bonne et douce mère la place la plus grande. Nous avons vu la mer je l’ai trouvée superbe et immense, je ne pourrai jamais dire ce qu’elle m’a fait éprouver, j’ai compris ton admiration je l’ai ressentie profondément aussi, nous [attendons] un coup de vent, une tempête afin de voir l’Océan sous un autre aspect. Je ne regrette qu’une chose, c’est [de ne pas] t’avoir près de nous, parce que tu nous explique (sic) si bien ce que nous voyons que nous avons à admirer deux choses, ce que tu dis et ce qui cause ton explication. Je voudrais rendre bien nettement ma pensée ; toi qui comprend (sic) tout tu comprendras peut-être ce que je veux dire.

Nous avons visité plusieurs navires, on soigne l’intérieur, c’est propre et frais. L’extérieur est comme tu nous l’a (sic) dit noir et blanc, ce qui n’est pas joli du tout cependant cette réunion de mats et de voiles fait un très joli effet des hauteurs qui entourent la ville. Nous irons en pleine mer d’ici à quelques jours, nous voulons tout voir et tout éprouver, après demain sans doute nous partirons pour Étretat. Je suis bien heureux ici, mon père adoré, aussi heureuse que possible quand je suis séparée de toi.

Maman est bonne et douce pour nous comme tu sais, on nous procure chaque jour de nouveaux plaisirs, enfin [rien ne manque] excepté toi, mon père chéri que j’aime tant, [et] [j’aimerais] mieux vivre avec ceux que j’aime dans un cachot bien noir qu’éloignés (sic) d’eux dans un palais. Aussi ai-je par momens (sic) envie de pleurer, et désirai-je retourner à Paris pour te voir t’embrasser, copier encore ces belles choses que je connais la première et que, quoique bien jeune, je comprends et je bien vivement.

Je suis fière de toi, [cher] papa, ton nom que je porte me fait l’effet d’une couronne, il me semble que j’eusse été bien malheureuse si je n’avais pas été ta fille et que j’aurais toujours envié la place que j’ai dans ton cœur.

Aime moi et écris-moi, tu me feras un plaisir énorme, mon père adoré.

Ta soumise et respectueuse fille

Léopoldine Hugo

( Oeuvres complètes de Victor Hugo : édition chronologique / publiée sous la dir. de Jean Massin. - Club Français du Livre, 1967-1970. - 18 vol. ) - (Source image : Léopoldine au livre d'heures par Auguste de Châtillon, 1835, Maison de Victor Hugo, © Wikimedia Commons / Portrait photograph of Victor Hugo published in the widely distributed serial publication entitled Galerie contemporaine, littéraire, artistique by Etienne Carjat, 1876, Bibliothèque Nationale de France, © Wikimedia Commons )
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