Lettre de Marguerite Duras à Robert Antelme

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Tu es vivant.

Marguerite Duras et Robert Antelme ( 5 janvier 1917 – 26 octobre 1990) vécurent une passion qui les mena jusqu’au mariage en 1939. Pendant l’Occupation, ils s’engagent dans la Résistance, mais leur groupe tombe dans un guet-apens, et bien que Marguerite Duras parvienne à s’échapper, Robert Antelme est arrêté le 1er juin 1944 et envoyé à Buchenwald. Ce n’est que le 8 mai 1945 qu’il est libéré, épuisé et miné par des mois de détention dans des conditions extrêmes. Marguerite Duras lui écrit alors cette lettre.

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8 mai 1945

Robert,

Tu es vivant. Tu es vivant. Je ne sais pas d’où je reviens moi aussi. Combien de temps suis-je restée dans cet enfer ? […] Je ne saurai jamais d’où je reviens. […] Sois prudent. Il ne faut pas trop manger. Et pas d’alcool, pas une goutte. Il fait beau. C’est la Paix. Tu vis. Qu’il est beau ce jour Robert. […] Ma fierté à moi c’est que je pense que je serais morte de ta mort. Tu ne sauras jamais. Jamais. Lorsque vous arriverez, téléphonez-moi (avant d’arriver). […] Il me semble que je ne puisse plus attendre, que j’arrive au bout de mes forces.

Marguerite

couv
( Paxton, Corpet, Paulhan, Archives de la vie littéraire sous l'occupation, Tallandier ) - (Source image : Marguerite Duras (Donnadieu) écrivain français (1914-1996), Paris, © Wikimedia Commons)
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