Lettre de Maria Callas à son époux

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Tu m’es nécessaire, comme l’oxygène de l’air lui-même.

En 1949, Maria Callas effectue sa première grande tournée internationale à Buenos Aires. Séparée de son époux, Giovanni Baptista Meneghini, éprouvée par son art et cet exil passager, la Diva, seule et perdue, lui écrit avec frénésie. Dans cette lettre du 19 mai 1949, rédigée en pleine nuit, la plume de l’amoureuse transcende la voix de La Callas.

 

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Le 19 mai 1949

Mon cher Tita-mon trésor,

C’est minuit maintenant. J’ai bu 3 grands verres de Cognac et miel, deux café-aspirines et je vais rester au lit en essayant de me sentir ivre pour dormir et transpirer. J’ai une terrible grippe, tu vois. Je suis sûre qu’aucune personne grippée comme moi pourrait non pas chanter mais juste ouvrir la bouche. Je n’ai pas de chance. J’avais raison de redouter le bateau. Tu te souviens que je te disais : « Ne me laisse pas ! » Tu dois admettre que j’ai une âme super sensible qui presse certaines choses. Je sentais que je souffrirais dans ce bateau !

J’étais au lit comme maintenant et je lisais tes lettres comme d’habitude et j’ai ressenti le grand besoin de t’écrire pour me sentir plus proche de toi !

Chéri, mon chéri, comme tu me manques. Pourquoi dois-je toujours avoir l’âme en peine alors que je ne demande que d’être près de toi, de mon maître, de mon homme, de mon amour, de ma consolation, de mon cœur et de mon cerveau, de ma nourriture, de tout, parce que tu es tout. Je ressens toujours que, plus le temps passe, je me convaincs que tu es mon âme parce que tu es le seul qui aies pu me comprendre, qui me comprends et me rends heureuse !

Chéri, je commence à perdre patience. Je ne peux plus rester sans toi. Tu m’es nécessaire. Comme toi, tu le dis, comme l’oxygène de l’air lui-même.

Chéri, je ne sais plus comment faire sans toi. Je ne sais plus lutter et je n’entends plus raison. Tu es mon mari (cela me fait pleurer de bonheur et d’orgueil de penser ce que tu es pour moi !) et je ne pars plus au loin sans toi. Je ne mérite pas de souffrir ainsi ! Je veux t’adorer, être à tes côtés, te caresser, te réconforter, te faire rire de mes bêtises, avoir notre maison en ordre pour te recevoir, mon amour, mon homme ! Bien m’habiller, me faire belle pour toi ! Pas pour les autres. Te faire fête, tu sais. Te téléphoner quand j’en ai assez, me défouler quand j’ai mes nerfs, et toi, d’une phrase, tu me feras rire et tout passer. Je veux me mettre tout à côté, à ma place, t’entendre, te voir profiter de ton journal et des petits riens.

Chéri, je n’en peux plus. Et en plus je suis malade. Et je le suis tu sais. Je ne voulais pas te l’écrire mais quand tu recevras cette lettre, la « première » sera passée. Que Dieu m’assiste !

Chéri, écris-moi beaucoup, je t’en prie ! Cela fait deux jours que je ne reçois rien et je suis humiliée. C’est vrai que tu écris souvent mais pas beaucoup. Par ration. Tu ne me vois pas ! Bien sûr, je sais que je dis toujours les mêmes choses et que tu les prends peut-être pour des idioties mais je les ressens tellement. J’aurais tant de tendresse à te donner ! Tellement ! Tu sais ! […]

Chéri, je te laisse pour ainsi dire, car tu peux bien imaginer combien je suis près de toi !

Aime-moi, pense à moi et adore-moi autant que moi !

Écris, mange, dors, et ne t’énerve pas car ça n’en vaut pas la peine. Tu dois aller bien. Je veux trouver un taurreau [sic] !!

Je t’offre tout, tout, tout, comme toujours, et encore davantage.

Ta Maria.

( ALLEGRI (Renzo), Maria Callas Lettres d’amour, Paris, Robert Laffont, 2008 ; Image : Maria Callas, dans La Traviata par Houston Rogers )
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