Lettre de Marie Curie à sa fille Ève

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Ne te contente pas de buts médiocres mais demande-toi à toi-même de faire honneur à ton métier.

Marie Curie, née Maria Salomea Skłodowska en Pologne, est l’une des femmes et des scientifiques les plus remarquables du XXe siècle. Après avoir obtenu un premier prix Nobel avec Pierre Curie pour leurs travaux sur le radium, elle perd brutalement son mari alors qu’elle est encore jeune. Malgré son veuvage, en dépit des calomnies de la presse et des deux filles en bas âge (Irène et Ève, nées respectivement en 1897 et 1904) qu’elle doit élever, elle poursuit sa carrière exceptionnelle et obtient un second Prix Nobel, de chimie, en 1911. Mais sa vie de laboratoire finit par avoir raison d’elle. Malade, Marie Curie s’éteint le 4 juillet 1934 au sanatorium de Sancellemoz, à l’âge de soixante-six ans ; elle était atteinte d’une leucémie radio-induite. La lettre suivante révèle une Marie Curie intime, à des lieues de la femme discrète et presque austère qu’elle était parfois ; après la mort de Pierre Curie, elle n’avait plus jamais quitté sa robe noire.

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Le 29 décembre 1928

Chère Ève,

Comme tu sais, je n’ai pas de chance. Je garde la chambre et même le lit depuis mon arrivée. J’ai un résidus de fièvre qui ne me quitte pas.

Ma sœur s’occupe de moi de la manière affectueuse que tu sais et la plupart des affaires qui étaient à régler ici n’auront pas été laissées en souffrance.

Tante Dluska aime ce pays, elle se plaît à l’hôtel, circule dans Cavalaire et aux environs. Elle est allée hier à Saint-Tropez pour la journée et a été très contente. Elle a vu les pins parasols de la Foux, que je lui avais recommandés tout spécialement et s’est beaucoup promenée le long de la grève de St-Tropez et sur les falaises du château. Elle a une prédilection pour la vue de haute mer, et, en particulier, pour celle qu’on découvre de la Vigie. Aussi a-t-elle beaucoup d’estime pour la petite villa. Il est vrai qu’elle n’a pas fait connaissance avec le mistral.

Mon enfant chérie, je te souhaite une bonne année calme et douce, avec un bon esprit soutenu par une bonne santé. Je te souhaite dans ton travail un succès dont la qualité puisse être pour toi une source de bonheur. Tu sais que j’ai confiance dans tes capacités. Combien je souhaite les voir se développer favorablement et qu’une belle organisation comme la tienne puisse donne ce qu’on pouvait en attendre. Ne te contente pas de buts médiocres mais demande-toi à toi-même de faire honneur à ton métier, afin que ton métier te donne une vraie satisfaction.

Ta mère

( Marie Curie et ses filles, Lettres, Pygmalion ) - (Source image : Marie Curie / Ève Curie en 1937 © Creative Commons)
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