Lettre de Marlène Dietrich à Jean Gabin

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Je resterai avec toi jusqu'à la fin de ma vie - mariée ou pas, comme tu le voudras.

Surnommée l’Ange Bleue, Marlène Dietrich a été l’actrice allemande absolue des années 30 à 50. Ses frasques amoureuses étaient aussi célèbres que ses talents d’actrice et de chanteuse. Jean Gabin lui-même succomba à ses charmes jusqu’à lui proposer un mariage à Paris à l’issue de la Seconde Guerre Mondiale. Dietrich, déjà mariée à Rudolf Sieber, avec qui elle entretient une relation platonique et amicale depuis 20 ans, accepte et répond avec ferveur à celui qui l’appelle « ma grande ». L’idylle est alors à son apogée…

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Le 13 août 1945

Mon ange,

Tu es complètement fou – et tu me rends folle avec tes doutes. Dans ma dernière lettre, je parlais de mon divorce à moi, bien sûr. Je pense que le meilleur moment sera après le film. Rudi va essayer de trouver un travail à Paris. Il est tout à fait d’accord pour le divorce – c’est plutôt l’idée qui le choque – et je dois dire qu’elle me choque aussi. Simplement l’idée, c’est tout. Nous sommes si bourgeois, au fond. Nous avons décidé de ne pas y être présents et de tout faire par des avocats, si possible. S’il te plaît, trouve quelles sont les raisons les plus dignes pour obtenir un divorce en France.

Le Claridge est très bien si tu récupères mes affaires au Ritz, parce qu’il me faut des vêtements chauds pour aller voir ma mère tout de suite. J’espère que tu comprendras cela – après, je serai toute à toi. Je resterai avec toi jusqu’à la fin de ma vie – mariée ou pas, comme tu le voudras. Mais si tu veux un enfant, il vaut mieux qu’on se marie.

J’espère que tu as reçu les choses que je t’ai envoyées de chez O’Hara. Il n’y a plus beaucoup d’avions maintenant et on n’a plus le droit d’envoyer des choses comme des vêtements en France. Incroyable mais vrai. Mais c’est possible pour la Hollande. J’emmène des vêtements pour un bataillon et des bottes pour l’hiver. André, au lieu de m’apporter ton maquillage l’a envoyé directement. C’était avant que je sache qu’on a seulement le droit d’envoyer de la nourriture en France. Alors je lui ai dit de m’apporter un autre jeu de maquillage, pour que je puisse le prendre avec moi. Jack Pierce d’Universal m’a donné tout le maquillage dont je pourrais avoir besoin et j’amène aussi l’huile démaquillante. J’aurai aussi du savon et des stylos, des lames de rasoir et de l’huile d’olive. J’ai passé la journée à faire les bagages et s’il faut que je paye une amende, tant pis. J’en ai besoin pour le film. M’aimes-tu toujours mon ange ? Que se passe t-il avec ton appartement ? Si tu n’arrives pas à l’avoir, je n’ai peut-être pas besoin d’amener tout le linge. Je suis inquiète pour mon visa – il y avait écrit « sans permis de travail » sur le formulaire. Si tout se passe bien, je partirai le 10 septembre par avion. Je t’enverrai un câble avant.

Je t’embrasse comme toujours mon ange – je t’aime.

Ta grande

( Marlène Dietrich par sa fille Maria Riva, Editions Flammarion, 1997 ; Image : Martin Roumagnac, 1946 )
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