Lettre de Mata Hari au Capitaine de la Police

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Je sais très bien ce que Mata Hari doit à Paris.

Après la Belle Epoque, Mata Hari, cette danseuse mythique qui affolait les théâtres et salons parisiens, a délaissé sa vie de courtisane pour éponger ses dettes : elle devient espionne et agent double en pleine Guerre 14-18. Avant d’être démasquée et condamnée à mort pour intelligence avec l’ennemi, surveillée par la police française, elle écrit cette lettre adressée au capitaine Ladoux. Un interrogatoire s’en suivra, qui conduira à son exécution le 15 octobre 1917, où elle prononcera ces derniers mots : « Quelle étrange coutume des Français que d’exécuter les gens à l’aube ! ».

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Le 15 janvier 1917

Mon capitaine,

Je vous serais très reconnaissante, si vous pouvez faire cesser la filature qu’on me fait depuis que je suis ici.

Je m’en suis aperçue. J’ai été avertie et ceux qui en sont chargés le font d’une façon telle que tout l’hôtel le voit et me regarde comme une bête curieuse. C’est complètement inutile.

Mes relations à Paris sont des plus connues, mes lettres à qui que ce soit ne contiennent jamais ce qui ne doit pas y être.

Faut-il que je vous répète, que je sais très bien ce que Mata Hari doit à Paris. Je n’oublierai jamais le bonheur que j’y ai eu et j’espère en avoir encore.

Depuis le jour où je vous ai donné ma parole, je me suis considérée à votre service et je vous en ai donné les preuves. Je vous répète que je ferai pour vous tout ce qui sera dans ma puissance et dans mon pouvoir, mais je me servirai des moyens que je juge en harmonie avec mon caractère et ma façon de voir la vie. Je n’admettrai jamais les « petits moyens là où on doit se servir des grands ».

Je n’ai pas besoin de connaître les vôtres. Je ne veux même pas connaître vos intermédiaires. Dites-moi ce que vous désirez et laissez-moi faire.

Que je demande que ces services me soient payés, c’est légitime. Dans la vie, on n’a rien pour rien. Dites-moi donc, mon capitaine, si vous désirez continuer oui ou non et recevez l’expression de mes sentiments les meilleurs.

Marguerite Zelle Mac Leod.

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Lettre de Mata Hari au Capitaine de la Police : « Je sais très bien ce que Mata Hari doit à Paris. » Lettre de Mata Hari au Capitaine de la Police : « Je sais très bien ce que Mata Hari doit à Paris. »
( FULIGNI (Bruno), Dans les archives inédites des Services Secrets, Paris, Iconoclaste, coll. « Beaux livre lux », 2010 ) - (Source image : Mata Hari, 1906, Daily Mail, © Wikimedia Commons)
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