Lettre de Nelson Mandela à Sefton Vutela

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Mandela

Quel que soit le prix à payer

Le 12 juin 1963, Nelson Mandela, jeune avocat de formation, est condamné à la prison et au travaux forcés à perpétuité pour haute trahison, sanctionnant son combat pour les Noirs sud-africains et la fin de l’apartheid. Le futur premier président noir d’une Afrique du Sud réunifiée, le Père de la nation, Madiba, revient dans cette lettre adressée à Sefton Vutela, son beau-frère, sur ce procès.

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Le 28 juillet 1969

En tant que camarades dévoués et disciplinés luttant pour une juste cause, nous devions être prêts à entreprendre toutes les missions que l’histoire nous assignait, quel que soit le prix à payer. C’était le principe qui nous guidait dans nos carrières politiques, y compris lors des différentes phases du procès. Cependant, je dois avouer que, à titre personnel, la menace de mort n’éveillait en moi aucune envie de jouer au martyr. J’étais prêt à le faire si les circonstances m’y obligeaient, mais la soif de vivre demeurait toujours. Pour autant, l’intimité alimente le mépris, même pour la hideuse main de la mort.

La phase critique n’a duré que quelques heures, et c’est en homme tourmenté et épuisé que je me suis mis au lit le jour où j’ai appris le coup de filet de Rivonia. Néanmoins, en me levant le lendemain matin, le pire était derrière moi et d’une manière ou d’une autre j’avais même rassemblé assez de force et de courage pour raisonner et me dire que, si je ne pouvais rien faire de plus pour défendre la cause que nous chérissions tous avec passion, l’issue fatale qui était suspendue au-dessus de nos têtes servirait peut-être nos objectifs à plus longue échéance.
Cette croyance me permit de renforcer mes minces réserves de confiance jusqu’aux derniers jours de la procédure. J’étais en outre soutenu par la conviction que notre cause était juste, ainsi que par le soutien massif que nous recevions de la part d’organismes influents et d’individus des deux côtés de la Frontière des Couleurs. Mais le concert des trompettes et des hosannas que nos sympathisants et nous-mêmes entonnions n’aurait servi à rien si le courage nous avait manqué lorsqu’est venu le moment décisif.

Nelson Mandela.

( MANDELA (Nelson),Conversations avec moi-même, Paris, Les Éditions de La Martinière, 2010. )
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