Lettre de Salman Rushdie aux libraires indépendants

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Je suis Salman Rushdie.

En 1989 , suite à la publication de Les Versets Sataniques, Salman Rushdie (1947 -) est visé par une fatwa, proclamée par l’ayatollah iranien Khomeini, apellant à éliminer physiquement le romancier. Soutenu par le monde entier, et dès la première heure, par Charlie Hebdo, Rushdie a été la première cible des islamistes, les piliers de Charlie Hebdo ont été les dernières. Dans cette lettre de remerciement aux libraires, c’est une vision d’un monde libre, pluriel l’emportant sur la barbarie religieuse que défend Rushdie, qui vient de prendre fait et cause pour Charlie Hebdo.

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Chers libraires indépendants,

En février 1989, mon roman Les Versets Sataniques était publié aux Etats-Unis, quelques jours après la fatwa de Kohmeini ; au plus fort de la tempête, en d’autres termes. Ce qui s’est passé dans les mois qui ont suivi, c’est quelque chose que je n’oublierai jamais. Les écrivains américains rassemblés dans une démonstration d’unité presque parfaite pour défendre la liberté d’expression. Des milliers d’Américains lambda ont porté des badges « Je suis Salman Rushdie » pour exprimer leur solidarité. Les libraires indépendants d’Amérique ont mis le livre en vitrine, ont organisé des affichages particuliers, et ont courageusement tenu bon pour la liberté contre la censure, refusant d’autoriser les choix de lecteurs Américains à être limités par les menaces d’un lointain religieux despotique en colère. La bravoure des libraires indépendants a influencé les autres magasins à suivre leur impulsion, et finalement une bataille clé pour la liberté d’expression a été gagnée – non pas par les politiciens qui, comme toujours, sont arrivés prudemment et tardivement sur le champ de bataille, mais par la détermination des gens ordinaires qui ne doit pas être oubliée. Je n’ai jamais cessé d’être reconnaissant envers ce que les libraires indépendants d’Amérique ont fait en 1989 et, maintenant que je suis enfin capable de raconter toute l’histoire de cette bataille, je suis heureux d’être en mesure d’honorer votre courage et de vous donner ce qui vous est dû, à la fois dans les pages de mon livre et dans ce que j’en dirai quand il sera publié. C’est à dire simplement pour remercier personnellement. Ce fut un privilège d’être défendu par vous, et j’ai essayé, et je continuerai à essayer, d’être digne de cette défense.

Salman Rushdie

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