Lettre de Sarah Bernhardt à Jean Mounet-Sully

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Je t’aime à pleine âme.

« La plus grande actrice tragique de notre temps » pour Oscar Wilde était une diva éclatante, fantasque et mystérieuse. Victor Hugo s’était proclamé « son valet », Jean Cocteau créa à son intention l’expression « monstre sacré » : la « Voix d’or » (Victor Hugo) a défrayé les chroniques et les planches du monde entier. Ses amours furent comme son existence, multiples, torturées et éclatantes. Première lettre d’une série amoureuse passionnée à son amant, Jean Mounet-Sally.

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janvier 1873

Jean,

Tu comprends bien ce que je te dis, tu sens que c’est vrai, ami, et qu’il est en ce monde des choses qu’on n’invoque jamais pour couvrir même un caprice – donc, aimé, ne sois pas fâché, et maintenant laisse-moi te parler de ma folle tendresse, laisse-moi te dire que je t’aime de toutes les forces de mon âme, que mon cœur est tien et que je suis presque heureuse ; que peut-être je vais aimer la vie maintenant que j’aime l’amour ou plutôt que je connais l’amour ! T’ai-je dit mon doux amour et mes fièvres d’amour et mes espoirs déçus, et mes perpétuelles recherches, suivies du vide, du néant toujours ; et mes larmes de rage, et mes cris d’impuissance et mon vrai, mon sincère désespoir qui me conduisait au suicide ?

Si je t’ai dit cela, je te le dis en vérité, mon cher Seigneur, car je te dois de ne plus pleurer et d’espérer beaucoup. Je te dois par dessus tout la connaissance de l’amour, non de celui que j’inspire, mais de celui qui devient mien, de celui que je ressens, je suis si tant heureuse d’aimer enfin et de t’aimer toi ! Appuie-toi sur mon cœur, réchauffe ma tristesse et mon scepticisme sur ta chaude âme, ouvre-moi ton être et laisse moi y entrer que je sois tienne toute et reçois dans ce baiser fait de souvenirs et d’espérances tout ce que cœur de femme a de bon, de poétique.

Je t’aime cela est vrai, je t’aime à pleine âme. Je mets mes bras autour de ta tête et mes lèvres sur les tiennes. Je te murmure toutes les paroles d’amour que tu sais.

Ta tienne, Sarah Bernhardt

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( Sarah Bernardt, Arthur Gold, Gallimard, 1994. ) - (Source image : Sarah Bernhardt par Nadar, 1864 © Wikimedia Commons)
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