Lettre de Sarah Bernhardt à Jean Mounet-Sully

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Enfin sache que je t'aime, cela est vrai, cela est grand comme l'amour.

Surnommée « la Divine » ou « la Scandaleuse », Sarah Bernhardt a illuminé de sa présence les scènes de théâtre de France et du monde entier. De Lorenzaccio à Lady Macbeth, l’actrice flamboyante a tout joué : de son vivant , elle était déjà une légende mondiale. Si son talent fascinait les foules, sa vie tumultueuse et agitée de femme libre, ses conquêtes masculines incessantes scandalisaient l’époque et contribuaient à son mythe. Seconde lettre fervente et enflammée à son amant Jean Mounier-Sully, entre douleur de l’absence et l’impossibilité de l’oubli : l’empire du désir.

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Février 1873

Je ne suis pas bien, mon ami Jean, mais pas bien du tout. Je n’ose te porter ce petit être malade. Je t’envoie donc seulement mon coeur, mon âme, mes baisers d’amour, de tendresse. Sais-tu, mon doux Seigneur, que sans cesse je pense à toi, que je ne rêve qu’à toi, que mon seul et unique désir est de t’appartenir sans que rien te puisse faire froncer le sourcil ; être ta maîtresse, ton être, ta tienne ? Sais-tu que tout ce qui évoque ton souvenir me fait bondir le coeur ? Sais-tu enfin que je t’aime ardemment avec toutes les forces de mon âme, tous les regrets et larmes de mon triste passé ? Je voudrais reprendre ma vie, mes baisers, toutes ces sensations idiotes ; je voudrais que mon esprit fût aussi vierge que l’était mon coeur quand je t’ai aimé. Enfin sache que je t’aime, cela est vrai, cela est grand comme l’amour. Mes lèvres disent bonsoir aux tiennes et puis écoute ce qu’elle disent encore ces bavardes !

( Texte : Sarah Bernhardt, Arthur Gold, Gallimard, 1994. Image : © RMN /Agence Bulloz )
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