Lettre de Stefan Zweig à sa femme, Friderike Maria Zweig

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Je suis resté assis à la terrasse d'un café en plein mois de janvier.

Stefan Zweig (28 novembre 1881 – 22 février 1942), immense écrivain et intellectuel autrichien (auteur de Le joueur d’échec, 24 heures de la vie d’une femme, Amok,…) fut un grand admirateur de la capitale française. En 1922, alors de séjour à Paris, il livre cette lettre, véritable ode à Paris !

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26 janvier 1924

Fritzi chérie, je t’écris tard dans la soirée depuis ma splendide chambre — vue sur jardin, superbes portes provenant de l’ancien Palais royal. J’ai beaucoup été par monts et par vaux, j’ai vu beaucoup de gens même si je ne le voulais pas — mais eux, ils veulent tous. […] Quel dommage que les gens gâchent toujours les meilleures relations à force de surenchère ! Tu sais ce que j’apprécie le plus ici ? flâner dans les rues, bouquiner — je ne me laisserai pas priver de ça par des rendez-vous et des engagements. Dieu que cette ville est belle ! Le soir, des nuées de lumières, un éclat sans pareil dans l’obscurité. Et puis cet air suave et doux — c’est tout l’air de ma jeunesse qui je respire avec cette odeur, je me pense à la fenêtre en ma propre compagnie. Et je suis resté assis à la terrasse d’un café en plein mois de janvier, la nuit, alors que 24 heures auparavant j’étais encore transi jusqu’aux os dans un coupé. Bien des choses à toi ! Regarder le Palais royal depuis la fenêtre… c’est bien trop beau pour dormir, mais à un moment ou à un autre, il le faut bien. Bien affectueusement à toi,

Stefan

( Stefan Zweig, Correspondance, 1920-1931, Le Livre de poche ) - (Source image : wikipedia)
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