Lettre de Sully Prudhomme à Henri Poincaré

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Pardonnez-moi, Monsieur, une importunité dont j’ai trop conscience

Le poète Sully Prudhomme premier lauréat du Prix Nobel de Littérature en 1901 ne manquait pas de style et d’audace ! Le 20 novembre 1883, il écrivit à Henri Poincaré, examinateur de l’épreuve orale de mathématiques du baccalauréat pour tenter de recommander son jeune protégé. Tentative de corruption ou missive amicale entre confrères ?

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20 novembre 1883

Monsieur,

Je m’intéresse beaucoup au jeune Maurice Chassang qui se présente au baccalauréat ès-sciences. C’est aujourd’hui même qu’il passe l’examen écrit, et demain qu’il passera l’oral. Vous êtes, me dit-on, l’un de ses examinateurs. Je m’étais imaginé sur la foi de votre réputation que vous étiez de l’Institut, et je pensais pouvoir m’autoriser auprès de vous du titre de confrère pour le recommander à votre bienveillance. L’annuaire de l’Institut, que je viens de consulter, m’a causé une surprise et une déception. Permettez-moi cependant, Monsieur, d’escompter, dès aujourd’hui, la faveur d’une confraternité qui ne saurait tarder, pour vous prier de vouloir bien prendre en considération la prodigieuse timidité de ce collégien. Il est bachelier ès-lettres et voudrait entrer à l’École polytechnique ; c’est un garçon extrêmement studieux. Si votre accueil le rassure, il vous montrera ce qu’il sait et j’espère que vous en serez satisfait.

Pardonnez-moi, Monsieur, une importunité dont j’ai trop conscience et veuillez agréer l’expression de mes sentiments les plus distingués.

Sully Prudhomme

de l’Académie française.

Lettre de Sully Prudhomme à Henri Poincaré : « Pardonnez-moi, Monsieur, une importunité dont j’ai trop conscience »
( http://images.math.cnrs.fr/Le-mathematicien-et-le-poete.html ) - (Source image : René François Armand Prudhomme, Jebulon, 1880 © Wikimedia Commons / Henri Poincaré, Unknown author, no date © Wikimedia Commons)
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  1. Jacky Chriqui

    Je ne vois dans cette lettre aucune tentative de corruption. Monsieur Prudhomme ne demande qu’un accueil chaleureux pour un candidat qui peut perdre ses moyens dans une situation qui manquerait de bienveillance. Les candidats ne peuvent pas toujours maîtriser leur émotivité. Par contre, les membres d’un jury doivent faire l’effort de n’être ni arrogants, ni cassants. Juger n’est en aucun cas user d’un pouvoir. Il s’agit d’une évaluation qui se doit d’être équilibrée sans éprouver le moindre plaisir à sanctionner quand il le faut.

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