Lettre de Tchekhov à Souvorine

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Nous écrivons la vie telle qu'elle est, fini, terminé.

Anton Tchekhov (29 janvier 1860 – 15 juillet 1904), l’un des écrivains les plus connus de la littérature russe, notamment pour sa façon de décrire la vie dans la province russe à la fin du XIXème siècle, est l’auteur d’œuvres incontournables telles que La Steppe ou La Mouette . En 1885, il fait la rencontre de l’éditeur alors très influent Alexeï Souvorine, et lui adresse des lettres d’une telle qualité sur la littérature qu’elles seront publiées, plus tard, sous le titre : Conseils à un écrivain . Extrait.

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Mais nous ? Nous ! Nous écrivons la vie telle qu’elle est, fini, terminé, un point c’est tout… Même si vous nous fouettiez, nous n’en démordrions pas. Nous n’avons ni buts proches, ni buts éloignés et il n’y a que vide dans nos âmes. La politique n’existe pas pour nous, nous ne croyons pas à la révolution, nous n’avons pas de Dieu et ne craignons pas les fantômes. Personnellement, je ne redoute ni la mort ni la cécité. […] Grigovoritch et vous me trouvez intelligent. Oui, je le suis, à tout le moins, suffisamment pour ne pas me dissimuler ma maladie, ne pas me mentir à moi-même et ne pas masquer mon vide sous les oripeaux d’autrui, les idées des années 1860, par exemple. Je ne me jetterai pas, comme Garchine, dans la cage d’escalier, mais je ne vais pas non plus me flatter de l’espérance d’un avenir meilleur.

( Conseils à un écrivain, Anton Tchekhov. Anatolia )
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