Lettre de Teresa Mathai à Joseph Mathai, victime des attentats du 11 septembre 2001

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Nous n'avons pas eu la chance de te dire au revoir.

En hommage aux disparus du 11 septembre 2001, des lettres des familles des victimes ont été recueillies et publiées. L’épouse de Joseph Mathai, décédé pendant l’attentat, écrit ainsi à son mari cette lettre poignante pour dire l’horreur terrible de cette perte.

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Date inconnue

Mon cher Joseph,

En ce mardi matin fatidique, je revenais à la maison après avoir déposé les enfants à l’école. La radio nous a informé qu’un avion s’était écrasé sur le World Trade Center. J’étais inquiète pour toi, je savais que tu étais à une conférence à New York : tout allait être plus chaotique encore. Je voulais t’appeler pour te prévenir, mais je ne voulais pas te déranger au milieu de ta conférence. Quand je suis arrivée à la maison et que j’ai allumé la télévision, j’ai décidé de t’appeler malgré tout et j’ai réussi à te joindre sur ton portable à 9h11 précises. Mon appel est le seul auquel tu as pu répondre ce matin-là.

Tu m’as dit que ta conférence se déroulait chez « Windows on the World » au 107ème étage de la tour Nord et qu’un avion venait de s’écraser sur le bâtiment. Je ne voulais pas t’inquiéter en te disant qu’un deuxième avion avait frappé la tour Sud, juste après le premier. En silence, nous avons tous les deux réalisé qu’il s’agissait de quelque chose de bien plus grave qu’un malheureux accident d’avion.?Tu m’as dit qu’il y avait de la fumée blanche partout, que ça devenait difficile de respirer, et qu’on annonçait des plans d’évacuation via les haut-parleurs. Je t’ai dit d’appeler ton bureau pour leur dire que tu étais en sécurité et qu’on se reparlerait ensuite. A ce moment-là, il y a eu une lourde pause dans la conversation. Je me suis rendue compte que tu voulais me dire que tu m’aimais mais tu hésitais. Tu as toujours été l’homme fort de la famille. Tu ne voulais pas que je pense que tu avais peur de mourir, que tu n’étais pas sûr de t’en sortir ; tu ne voulais pas m’inquiéter.

Je t’ai dit que je prierais pour ta sécurité. Je voulais te dire que je t’aimais, mais je me suis mordu les lèvres. Je ne voulais pas que tu penses que c’était la dernière fois qu’on se parlait, que c’était notre dernière chance de se dire au revoir, que c’étaient nos derniers mots.

Dès que j’ai posé le téléphone, j’ai changé d’avis. J’ai essayé de te rappeler mais le réseau était saturé. J’ai essayé encore et encore… Mais je tombais toujours sur ta messagerie. Je n’arrêtais pas d’appuyer sur bis… Puis, paralysée par l’horreur, j’ai regardé la tour Nord exploser et s’effondrer comme quelque chose d’irréel sorti d’un film catastrophe.

Ce jour-là, je n’ai pas eu la chance de te dire que je t’aimais. Nous t’aimons tous ! Nous n’avons pas eu la chance de te dire au revoir. Des années plus tard, tu nous manques toujours, nous t’aimerons toujours, même ci ces mots n’ont pas été exprimés en ce jour funeste.

Depuis j’ai évoqué ce moment avec les enfants, qui sont maintenant de jeunes adultes. Je leur ai dit : « La vie est précieuse et la vie peut être courte. Si vous aimez quelqu’un, si vous appréciez quelqu’un, prenez le temps de lui dire ce qu’il signifie pour vous. Plusieurs fois par jour, si c’est nécessaire. » Et c’est ce que nous faisons encore aujourd’hui.

Avec tout notre amour… Jusqu’à ce qu’on se rencontre à nouveau… De l’autre côté de l’arc-en-ciel.

A toi,

Teresa.

( Legacy Letters, Message of Life and Hope from 9/11 Family Members, Collected by Tuesday's Childern, Ed. Perigee Book, Penguin Books ; Image : © D.R. )
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2 commentaires

  1. jeannine

    Une lettre qui m’a beaucoup touchée, je suis bouleversée…comme quoi, il ne faut jamais cacher ses propres sentiments… mais comme dit Teresa à son cher mari Joseph, , elle n’osait le lui dire, de peur qu’il croie que c’était pour la dernière fois qu’il entendait ces paroles… Terrible ce qui a pu se passer ce jour là dans la tête des uns et dans l’esprit des autres… non seulement pour qui n’est plus, mais pour les rescapés, pour qui a suivi et n’ plus vu revenir ses chers …j’ai moi aussi suivi cette terrible catastrophe, et j’en suis encore bouleversée malgré les années qui se sont écoulées. Un fort soutient à cette jeune femme et pour tout ceux qui comme elle, ont subi la folie de l’homme qui n’a point de limite…

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