Lettre de Toumi Djaïdja, initiateur de la Marche de l’Egalité à François Lamy, ministre délégué à la ville

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Pendant 30 ans j’ai nourri l’espoir que l’égalité soit le chantier permanent de la République celle à laquelle nous aspirons tous.

Pour accompagner la sortie du film La marche, de Nabil Ben Yadir, en salle le 27 novembre 2013, 30 ans après ce grand mouvement national, voici une lettre pleine d’actualité de Toumi Djaïda, initiateur de  la Marche de l’égalité, plus connue sous le nom de «la marche des beurs ». Blessé lors d’affrontements entre policiers et jeunes dans le quartier des Minguettes à Vénissieux, Toumi Djaïdja alors président de l’association SOS Avenir Minguette, lance avec le Père Delorme une marche symbolique contestataire dénonçant toutes les inégalités et le racisme. Trente ans après, alors que le ministre délégué à la ville, François Lamy, se rend à Vénissieux rencontrer les anciens marcheurs lyonnais, Toumi Djaïdja décline l’invitation. Explication de texte : la Marche, ses raisons et les inégalités sont encore d’actualité.

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Lundi 14 octobre 2013

Acte de désobéissance civique, pourquoi je ne reçois pas M. Le Ministre François Lamy ? … Récupération ou reconnaissance de « La Marche pour l’égalité » ?

Dans ce contexte de commémoration des 30 ans de la Marche pour l’Egalité, je me vois dans l’obligation de sortir de ma réserve. Pendant 30 ans j’ai nourri l’espoir que l’égalité soit le chantier permanent de la République, celle à laquelle nous aspirons tous. Mais aujourd’hui force est de constater, malgré des avancées certaines, l’inégalité frappe toujours voire plus encore.

Je parle de ces femmes, de ces hommes sacrifiés sur l’autel des inégalités. Beaucoup d’entre nous vivent dans des conditions inadmissibles, laissés non pas sur le bas-côté de la route mais dans le fossé des inégalités : le mal-logement, l’exclusion, la paupérisation, la marginalisation. Si ce système continue tel quel, il est à parier qu’il court à sa perte. Je suis comme des millions de nos concitoyens une victime de la guerre sociale.

La Marche pour l’égalité doit s’inscrire dans l’histoire commune pour rappeler que la République ne doit laisser aucun répit à la lutte pour le droit à la dignité, le droit pour la non-discrimination.

Je ne peux cautionner l’inaction politique en signant un chèque en blanc au gouvernement.

Si certains cherchent à capter l’héritage sympathie suscité par la Marche à travers cette commémoration, cela ne peut se faire à moindre frais. La commémoration doit être un moment fort où des décisions politiques courageuses et concrètes sont prises pour que l’histoire de nos quartiers populaires s’inscrivent enfin dans l’histoire de notre pays.

Nous savons la rupture de la transmission, ses conséquences et ses enjeux. Il nous faut nous construire une histoire commune, partagée par le plus grand nombre pour que vive la mémoire. Nous savons que l’histoire c’est la projection, que ce qui manque à notre jeunesse c’est l’identification projective vitale à sa construction. Mais comment cela est-il possible si l’histoire est amputée ? Là où est née cette marche aujourd’hui dans ce quartier des Minguettes, la jeunesse ne peut relater cette histoire.

Après l’espoir qui a porté les électeurs, c’est dans l’isoloir que chaque citoyen devra prendre sa responsabilité.

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