Lettre de Vincent Van Gogh à son frère Théo

2

min

Le médecin d'ici est enclin à considérer ce que j'ai eu comme une attaque de nature épileptique.

L’une des plus célèbres correspondances d’artistes est celle de Vincent Van Gogh (30 mars 1853 – 29 juillet 1890) et de son frère Théo, son cadet de 4 ans, marchand d’art et mentor du génial peintre. C’est à Théo que Vincent confie ses craintes et raconte son séjour en Provence, au cours duquel il peint ses plus belles toiles : les lettres constituent un précieux témoignage sur sa maladie et sa folie, mais aussi sur la source de sa création.

A-A+

[Saint-Rémy de Provence, mai 1889 - mai 1890]

Mon cher Theo,

Merci de ta lettre. Tu as bien raison de dire que M. Salles a été parfait dans tout ceci, j’ai de grandes obligations envers lui.

Je voulais te dire que je crois avoir bien fait d’aller ici, d’abord en voyant la réalité de la vie des fous ou toqués divers dans cette ménagerie, je perds la crainte vague, la peur de la chose. Et peu à peu puis arriver à considérer la folie en tant qu’étant une maladie comme une autre. Puis le changement d’entourage, à ce que j’imagine, me fait du bien.

Pour autant que je sache, le médecin d’ici est enclin à considérer ce que j’ai eu comme une attaque de nature épileptique. Mais j’ai pas demandé après.

Aurais-tu déjà reçu la caisse de tableaux, je suis curieux de savoir s’ils ont encore souffert oui ou non ?

J’en ai deux autres en train — des fleurs d’iris violets et un buisson de lilas, deux motifs pris dans le jardin.

L’idée du devoir de travailler me revient beaucoup et je crois que toutes mes facultés pour le travail me reviendront assez vite. Seulement le travail m’absorbe souvent tellement que je crois que je resterai toujours abstrait et gaucher pour me débrouiller pour le reste de la vie aussi.

Je ne t’écrirai pas une longue lettre — je chercherai à répondre à la lettre de ma nouvelle soeur, qui m’a bien touché, mais je ne sais si j’arriverai à le faire.

Poignée de main et tout à toi,

Vincent.

lettresatheovangogh

( Vincent Van Gogh, Lettres à son frère Théo, trad. du néerlandais par Louis Roëdlant, Paris, Gallimard, « L'Imaginaire », 1988. )
Pour recevoir plus de lettres, cliquez ici.

les articles similaires :