Lettre de Voltaire à d’Alembert

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Ce monstre ose parler d'éducation !

« L’image d’un siècle des Lumières où la philosophie unirait les philosophes est assurément trompeuse ». Tous issus d’origines sociales et de professions variés, certains se sont vus être confrontés à des visions pour le moins divergentes. En 1759, Jean-Jaques Rousseau écrit la Lettre à d’Alembert sur les spectacles. Il y développe sa théorie sur le théâtre, celle qui prouve qu’en son sein, la corruption est bel et bien là. Pour Voltaire, l’inconditionné de théâtre s’en est trop. Dans cette lettre destinée à un de leurs confrères, d’Alembert, le philosophe écrit noir sur blanc tout ce qu’il pense de Rousseau, pour le meilleur et surtout pour le pire.

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17 juin [1762]

L’excès de l’orgueil et de l’envie a perdu Jean-Jacques, mon illustre philosophe. Ce monstre ose parler d’éducation ! lui qui n’a voulu élever aucun de ses fils, et qui les a mis tous aux Enfants-trouvés. Il a abandonné ses enfants et la gueuse à qui il les avait faits. Il ne lui a manqué que d’écrire contre sa gueuse, comme il a écrit contre ses amis. Je la plaindrai s’il est pendu, mais par pur humanité, car je ne le regarde personnellement que comme le chien de Diogène, ou plutôt que comme un chien descendu d’un bâtard de ce chien.

Je ne sais pas s’il est abhorré à Paris comme il l’est par tous les honnêtes gens de Genève. Soyez sûr que quiconque abandonnera les philosophes fera une fin malheureuse. […]

( Les plus belles lettres manuscrites de la langue française, Bibliothèque Nationale / Éditions Robert Laffont, S.A., Paris, 1992. ) - (Source image : Voltaire par Maurice Quentin de La Tour, 1736 / Portrait de Jean Le Rond d'Alembert, 1753 © Wikimedia Commons)
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