Lettre de Wanda Dunajew à Leopold von Sacher-Masoch

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Prouvez que vous aurez le courage de devenir mon mari, mon amant et mon chien.

Léopold Sacher-Masoch (27 janvier 1836 – 9 mars 1895), auteur de La Vénus à la fourrure, adapté au cinéma par Roman Polanski, est plus que le père spirituel du masochisme puisqu’il en connût en personne les jouissances cruelles et infinies. À sa demande, sa femme Aurora Rûmelin (14 mars 1845 -1933), qu’il surnommait Wanda de Dunajew, lui adressa par lettre un contrat d’esclavage qu’il signera en ces termes : « J’engage ma parole d’honneur à rester l’esclave de Mme Wanda de Dunajew à ses conditions et à me soumettre sans résistance à tout ce qu’elle m’imposera. » En exclusivité, voici  l’une des lettres originelles du sadomasochisme, à faire pâlir toutes les copies ultérieures (comme Les 50 nuances de Grey) : âmes sensibles, s’abstenir !

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2 juillet 1872

Cher Maître,

Si vous m’aimez comme vous me l’affirmez, vous devez signer le texte joint en y ajoutant quelques mots confirmant que vous accepterez toutes mes conditions et donnez votre parole d’honneur de rester mon esclave jusqu’à votre dernier souffle. Prouvez que vous aurez le courage de devenir mon mari, mon amant — et mon chien.

Mon esclave,

Les conditions, sous lesquelles je vous accepte comme esclave et vous souffre à mes côtés, sont les suivantes :
Renonciation tout à fait absolue à votre moi.

Hors la mienne, vous n’avez pas de volonté.

Vous êtes entre mes mains un instrument aveugle, qui accomplit tous mes ordres sans les discuter. Au cas où vous oublieriez que vous êtes mon esclave et où vous ne m’obéiriez pas en toutes choses absolument, j’aurai le droit de vous punir et de vous corriger selon mon bon plaisir, sans que vous puissiez oser vous plaindre.

Tout ce que je vous accorderai d’agréable et d’heureux sera une grâce de ma part, et vous ne devrez ainsi l’accueillir qu’en me remerciant. À Votre égard, j’agirai toujours sans faute, et je n’aurai aucun devoir.

Vous ne serez ni un fils, ni un frère, ni un ami ; vous ne serez ainsi rien que mon esclave gisant dans la poussière.

De même que votre corps, votre âme m’appartient aussi et, même s’il vous arrivait d’en souffrir beaucoup, vous devrez soumettre à mon autorité vos sensations et vos sentiments.

La plus grande cruauté m’est permise et, si je vous mutile, il vous faudra le supporter sans plainte. Vous devrez travailler pour moi comme un esclave et, si je nage dans le superflu en vous laissant dans les privations et en vous foulant aux pieds, il vous faudra baiser sans murmurer le pied qui vous aura foulé.

Je pourrai vous congédier à toute heure, mais vous n’aurez pas le droit de me quitter contre ma volonté, et si vous veniez à vous enfuir, vous me reconnaissez le pouvoir et le droit de vous torturer jusqu’à la mort par tous les tourments imaginables.
Hors moi, vous n’avez rien ; pour vous, je suis tout, votre vie, votre avenir, votre bonheur, votre malheur, votre tourment et votre joie.

Vous devrez accomplir tout ce que je demanderai, que ce soit bien ou mal, et si j’exige un crime de vous, il faudra que vous deveniez criminel, pour obéir à ma volonté.

Votre honneur m’appartient, comme votre sang, votre esprit, votre puissance de travail. Je suis votre souveraine, maîtresse de votre vie et de votre mort.

S’il vous arrivait de ne plus pouvoir supporter ma domination, et que vos chaînes vous deviennent trop lourdes, il vous faudra vous tuer : je ne vous rendrai jamais la liberté.

Wanda Dunajew

( Sacher-Masoch, Bernard Michel, Robert Laffont, 1789 ; Image : Wikipedia Commons ) - (Source image : Leopold von Sacher-Masoch (1836-1895), Austrian writer and journalist, who gained renown for his romantic stories of Galician life, circa 1860-1870, © Wikimedia Kommons / Wanda Sacher-Masoch, photo portrait, before 1900, Östterreichische Nationalbibliothek, Leopold Bude, © Wikimedia Kommons.)
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11 commentaires

  1. HERRERA EVELYNE

    Je pense qu’il faut être complètement fou à lier pour demander, à sa femme, d’écrire ce genre de contrat, et à cette femme, de ne plus s’appartenir…

    L’esprit de ces deux personnes devait être torturé et je n’aurais pas aimé faire partie de leur entourage.

  2. Cerf

    Je pense que c’est le devoir de tout mâle de signer ce genre de contrat. Quand on est né mâle, c’est pour être l’esclave d’une femme. C’est un devoir. Si on se révolte pour cela, on mérite d’être mis à mort.

  3. Jean-Michel Dumay

    Nous sommes ici dans un monde clos, séparé de toutes les références extérieures, sinon la parole donnée et signée, qui fait partie intégrante du supplice désiré… Il faut être ange et démon des profondeurs à la fois pour appréhender cela.
    Beaucoup ne sont que des marionnettes des médias et se proclament libres…et incapables de distanciation vis-à-vis de leur crédo « dernier cri » qui sera obsolète à son tour… Leurs indignations me rappellent celles de tous les conformistes de tous les temps.

  4. EL GHAZI AHMED

    Il n’aurait signé ce contrat que parce qu’il était sûr du contraire, c’est-à-dire que c’était sa maîtresse qui était en situation d’esclavage. Elle ne faisait qu’avouer la véracité de ce qu’elle ressentait envers son amant.

  5. ads.lp@hotmail.fr

    Moi aussi je ne rêve que de cela, et je le mets en pratique et j’aime cela, j’adore , c’est mon oxygène – je suis impitoyable – quand on a la beauté, le raffinement, de l’audace …. bien à vous.

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