Lettre d’Éloïse Bouton, Femen française, au père Bruno Horaist

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Noël est annulé pour cause d'avortement.

Le 20 décembre 2013, Éloïse Bouton, féministe membre des Femen, a mené une action avec une autre militante dans l’enceinte de l’église de la Madeleine à Paris. Cette intervention voulait dénoncer, avec la théâtralité et l’éclat médiatique qui caractérise ce mouvement féministe, les positions anti-avortement de l’Eglise. Accusée de délits non commis et sordides, cette activiste adresse cette lettre au père Bruno Horaist, curé de cette paroisse, afin de rétablir la vérité sur le déroulement des événements et régler ses comptes avec le père Noël. Une action toute en lettres !

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23 décembre 2013

Mon Père,

Vendredi 20 décembre, je me suis rendue avec une autre activiste Femen à l’église de La Madeleine à Paris. Je portais un voile bleu orné d’une couronne de fleurs et tenais deux morceaux de foie de bœuf dans les mains, symbole du petit Jésus avorté.
Étaient peints sur mon torse et dans mon dos les slogans « 344e salope » (et non « 344 salopes »), en référence au manifeste des 343 initié par des féministes pro-avortement en 1971, et « Christmas is canceled » (et non « Christmas is aborted »). Après quelques pauses devant les photographes de l’AFP, j’ai laissé le saint fœtus sanguinolent choir au pied de l’autel et nous avons quitté l’Église.

Tu ne mentiras point mon père

De retour dans mon foyer démoniaque, j’ai découvert sur internet les premiers articles relatant l’action. Et là, véritable miracle de Noël, le foie de bœuf avait muté en miction mécréante.
Mon Père, ce n’est pas bien de mentir, Dieu ne vous l’a pas appris ? Que conseillez-vous aux mystificateurs qui viennent confesser leurs péchés ? De réciter un pater, c’est bien cela ? Serez-vous prêt à maintenir vos propos face à la justice et dans l’enceinte d’un tribunal de la République ? Je trépigne d’impatience.
Car voyez-vous, en menant cette action, nous avons voulu dénoncer la réalité et souligner l’hypocrisie de l’Église. Votre fausse déclaration en est une éloquente illustration et en cherchant à nous nuire, vous ne faites qu’abonder dans notre sens. Ou alors, peut-être la vision satanique d’une femme dénudée qui défend son droit à disposer de son corps ne vous a-t-elle brouillé l’esprit et avez-vous confondu pyrée et pipi-raie ? Et la Madeleine avec une photographie du président ukrainien Ianoukovitch ? Dieu seul le sait.

Noël est annulé pour cause d’avortement

Femen a mené cette action dans le cadre d’une campagne internationale « Christmas is canceled » (Noël est annulé) pour dénoncer les positions anti-avortement de l’église catholique à travers le monde et son intrusion dans des débats laïcs, qui porte atteinte à l’intégrité des femmes. Car mon Père, contrairement à ce que prône votre douce et pacifique religion, le corps de la femme n’est pas que péché ou tentation. Non, non. Et en cette période de fêtes, plusieurs pays démocratiques refusent aux femmes le droit d’avorter dans des conditions décentes et humaines.
En Espagne, les associations féministes se mobilisent pour sauver ce droit alors que le Parlement s’apprête à voter un projet de loi visant à le limiter. À Strasbourg, le Parlement refuse de reconnaître l’IVG comme un droit « européen ». À Dublin, il y a à peine six mois, plusieurs dizaines de milliers d’intégristes religieux manifestaient dans les rues contre l’IVG. Au Texas, une loi récemment entrée en vigueur interdit l’avortement au-delà de 20 semaines de grossesse…
Ce n’est pas trop dans l’esprit de Noël tout ça et si vous voulez mon avis mon Père, ça sent le sapin pour la liberté des femmes ! Que vous ayez été choqué par notre irruption dans votre église, je le conçois. Que vous inventiez un acte de vandalisme urinatoire, je le répudie. Il faudrait peut-être arrêter de nous prendre pour des dindes.

Allez joyeux Noël mon Père, et attention à la crise de foi !

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La recommandation de la rédaction :

Lettre de la fondatrice des Femen, Inna Schevchenko, au Président Hollande : « Nous vous appelons à prendre le parti des femmes. »

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