Lettre d’Emile Zola à Alfred Dreyfus

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Le triomphe de la solidarité humaine.

Revenu de l’Île du Diable en juin 1899, après 5 années de bagne sans communication avec le monde extérieur, Alfred Dreyfus reçoit enfin une lettre de son grand défenseur, Emile Zola. Si la bataille n’est pas terminée, le souffle épique, la grandeur morale et l’amour de la vérité sont leurs armes dans l’Affaire ! Une rencontre épistolaire !

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6 juillet 1899

Capitaine,

Si je n’avais pas été l’un des premiers, dès votre retour en France, à vous écrire toute ma sympathie, toute mon affection, c’est que j’ai craint que ma lettre ne reste pour vous incompréhensible. Et j’ai voulu attendre que votre admirable frère vous ait vu, vous ait dit notre long combat. Il vient de m’apporter la bonne nouvelle de votre santé, de votre courage, de votre foi, et je puis donc vous envoyer tout mon cœur, en sachant que maintenant vous me comprendrez.

A ce frère héroïque, il a été le dévouement, la bravoure et la sagesse. C’est grâce à lui que, depuis dix-huit mois, nous crions votre innocence. Quelle joie il m’apporte, en me disant que vous sortez vivant du tombeau, que l’abominable martyre vous a grandi et épuré ! Car l’œuvre n’est point finie, il faut que votre innocence hautement reconnue sauve la France du désastre moral où elle a failli disparaître. Tant que l’innocent sera sous les verrous, nous n’existerons plus parmi les peuples nobles et justes. A cette heure, votre grande tâche est de nous apporter, avec la justesse, l’apaisement, de calmer enfin notre pauvre et grand pays, en achevant notre œuvre de réparation, en montrant l’homme pour qui nous avons combattu, en qui nous avons incarné le triomphe de la solidarité humaine. Quand l’innocent se lèvera, la France redeviendra la terre de l’équité et de la bonté.

Et c’est aussi l’honneur de l’armée que vous sauverez, de cette armée que vous avez tant aimée, en qui vous avez mis tout votre idéal. N’écoutez pas ceux qui blasphèment, qui voudraient la grandir par le mensonge et l’injustice. C’est nous qui sommes ses vrais défenseurs, c’est nous qui l’acclamerons, le jour où vos camarades, en vous acquittant, donneront au monde le plus saint et le plus sublime des spectacles, l’aveu d’une erreur. Ce jour-là, l’armée ne sera pas seulement la force, elle sera la justice.

Mon coeur déborde, et je ne puis que vous envoyer toute ma fraternité pour ce que vous avez souffert, pour ce qu’a souffert votre vaillante femme. La mienne se joint à moi et c’est ce que nous avons en nous de meilleur, de plus noble et de plus tendre, que je voudrais mettre dans cette lettre, pour que vous sentiez que tous les braves gens sont avec vous.

Je vous embrasse affectueusement,

Emile Zola.

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