Lettre d’Erik Satie à Maurice Beaubourg

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Suis honnête homme : Électeur.

Cette lettre, drôle et décalée, met en lumière le dénuement dans lequel se trouvait le compositeur Erik Satie au début de sa carrière, ce qui le poussa à aller mendier un poste de gardien à Beaubourg.

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7 avril 1892

Cher monsieur Beaubourg

Ose espérer que vous

vous voudrez

penser, mettre

en mémoire, la demande

d’une place

pour moi, comme gardien

dans un de

nos musées nationaux

ou autres

Soyez assez

bon pour croire

que ce n’est

nullement plaisanterie,

fumisterie grossière,

de ma part,

ainsi que

vous avez eu la malicieuse

idée de le

supposer ; car si je

choisis

situation

de ce genre, peut-être humble,

point enviable,

mais ni honteuse

ni mauvaise,

c’est que

non seulement

compte compléter

mon savoir esthétique

avec

            la contemplation journalière

            de

belles œuvres, douces,

choses d’esprit,

mais aussi être mieux,

            au moins par le milieu,

que dans

n’importe quel

bureau du

commerce, administration

            ou autres de ces vilaines

occupations connues

pour fort désagréables.

Mes petits

            titres à ce poste seraient :

1° Suis honnête homme : Électeur

            à Paris au 10e arrondissement.

2° Suis un ancien militaire :

            Fait mon

Volontariat (87-88)

            au 33e régiment

d’Infanterie à Arras

            (Pas-de-Calais)

3° Ai un caractère

            très doux :

            Travaillé

en collaboration avec

            le grand Sâr

Joséphin Peladan

            à la Wagnérie Kaldéenne

le « Fils des Étoiles ».

Parlez donc,

            vous prie,

de ma pauvre demande

            aux personnes

pouvant obtenir raison ;

            haute justice,

et recevez mes salutations

            empressées

et marques

            de

grand respect.

Erik Satie

( Erik Satie, Correspondance presque complète, Fayard ) - (Source image : wikipedia)
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