Lettre d’Héloïse à Abélard

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Ces plaisirs de l’amour, que nous avons goûtés ensemble, m’ont trop doucement fascinée !

Héloïse et Abélard, les premiers amants de Paris », se sont aimés sur Saint-Louis, sous le règne du roi Louis Vl, vers 1200. Depuis les surréalistes, ils incarnent l’amour romantique, qui ne connaît ni obstacle ni frein, mais jusque-là ils demeuraient un cas d’école pour 1’Église catholique : des pêcheurs exemplaires. À quarante ans, qu’Abélard, éminent professeur à La Sorbonne, rencontre Héloïse, promise au couvent. Tombés sous le charme d’un puissant filtre d’amour, ils défient les surveillances et règles ecclésiastiques pour s’adonner à leur passion charnelle. Héloïse tombe enceinte, ils fuient alors en Bretagne, mais le scandale les rattrape vite : Abélard est châtré et condamné à l’exil, Héloise retrouve le chemin du couvent. Cette lettre reste le témoignage brûlant de leur passion voluptueuse.

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[1200]

[…] Mais, hélas ! ces plaisirs de l’amour, que nous avons goûtés ensemble, m’ont trop doucement fascinée ! Je ne puis me défendre de les aimer, ni les bannir de ma mémoire. Ils enveloppent mes pas ; ils poursuivent mes regards de leurs scènes adorées, et font pénétrer dans mes veines émues tous les feux du regret et du désir. L’éternel mirage plane encore, avec toutes ses illusions, sur mes nuits frémissantes. Pendant la solennité même du divin sacrifice, au moment où la prière doit être la plus fervente, ah ! j’en ai honte ! Les licencieux tableaux de nos plaisirs captivent tellement ce cœur misérable, que je suis plus occupée de ces indignités que de la sainte oraison.

Et non seulement ce que nous avons fait, mais les heures, les lieux témoins de nos rapides félicités, chaque circonstance est mystérieusement gravée dans mon souvenir avec votre image. […]

( ABÉLARD (Pierre), Lettres d'Héloïse à Abailard, et les réponses d'Abailard aux lettres d'Héloïse, 1696, Pierre Marteau. ; Image : La Tribune de l'Art )
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3 commentaires

  1. Diletta

    J’ai tombé amoureuse de cette lettre.J’ai aimé particulièrement ce point de vue d’Héloïse : elle est une adolescente et c’est facile de comprendre. L’amour avec son maitre est charnel, passionnel, interdit, mais elle est capable de transmettre une vision pure et totalement dédiée à l’amour pour Abélard.
    Elle est surement jeune, mais elle connait aussi les risques de son choix.Ici, on trouve une petite Héloïse qui décide de s’abandonner à un amour total qui occupe ses pensées aussi pendant les prières, qui est capable de surmonter l’amour pur pour Dieu, son  » vrai  » mari et elle ne veut pas se défendre.
    J’ai trouvé cette surement passionnel, mais aussi doué d’une douceur que seulement une adolescente peut prouver. La création d’une combinaison agréable fruit d’une histoire qui fa rêver et soupirer encore après 900 ans !

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