Lettre d’Oscar Wilde à R. Clegg

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L'œuvre d'art est inutile comme la fleur est inutile.

L’art est-il utile ? Oscar Wilde (16 octobre 1854 – 30 novembre 1900), écrivain irlandais du début du XXe siècle, se pencha sur la question. Dans cette lettre, qu’il adresse à son ami R. Clegg, l’auteur du Portrait de Dorian Gray est catégorique : la réponse est non. Entre poésie et véritable plaidoyer, il donne une leçon de maître : tout comme la fleur, il n’existe aucune fonction déterminée à l’art et celui-ci ne doit en aucun cas être au service des hommes.

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Avril 1891

Mon cher Monsieur,

L’art est inutile parce que son but est simplement de créer un état d’esprit. Il ne vise d’aucune manière à instruire ni à influencer. Il est superbement stérile, le ton du plaisir qu’il dégage est celui de la stérilité. Si la contemplation d’une œuvre d’art est suivie d’une activité quelconque, c’est que l’œuvre est d’un ordre très secondaire ou que le spectateur n’a pas su ressentir pleinement l’impression artistique.

L’œuvre d’art est inutile comme la fleur est inutile. La fleur s’épanouit pour sa propre joie. Nous gagnons un moment de joie en la regardant : voilà tout ce que l’on peut dire de nos rapports avec les fleurs. Certes l’homme peut vendre la fleur et ainsi en tirer une utilité, mais cela n’a rien de commun avec la fleur elle-même. Ce n’est pas une partie de son essence : c’est accidentel. Tout cela, je le crains, est très obscur ; mais le sujet serait long à traiter. Sincèrement vôtre

Oscar Wilde.

osc

( Oscar Wild, Correspondance - Tome I, Gallimard ) - (Source image : Portrait américain d'Oscar Wilde par Napoleon Sarony, photographie albumen sur carton, Library of Congress, circa 1882, © Wikimedia Commons)
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