Lettre du commandant C.T. Cross à ses parents

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Le vol en planeur a été infernal !

Le Capitaine Chris T. Cross, débarqué en Normandie le 6 juin 1944 à la tête d’une division de planeurs, livre, dans cette lettre à ses parents, un récit poignant de l’assaut des Forces Alliées, et décrit, non sans étonnement, cette extraordinaire force qui mène les hommes par temps de guerre. Un témoignage direct de ce grand épisode de l’Histoire.

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23 juin 1944

Chers Parents,

Actuellement, je suis étendu au soleil dans un très beau verger en N[ormandie] France [sic] et une armée d’environ 500 bâtiments vient juste de décoller au dessus de nos têtes. C’est très encourageant. En dehors du bruit occasionnel de pistolets ou de mortiers dégurgitant dans les proches alentours, et d’un éclat de riposte plus rare encore, c’est aussi paisible que dans nos propres vergers. […]

Mon peloton est en très bonne forme et l’on s’entend tous très bien. Les cinq nouveaux types qui se sont ajoutés juste avant qu’on ne parte sont plutôt bons et, à une exception près, se sont bien intégrés. L’exception en question n’est désormais plus avec nous ; Jerry a veillé à cela. Mais il ne s’est pas occupé de nous trop sévèrement – touchons du bois.

[…] L’ensemble de la manœuvre était un peu angoissant évidemment, parce que nous ne savions pas exactement quand le D-Day aurait lieu, et qu’ensuite, lorsqu’on en a été informés, l’opération a été décalée d’une journée, juste au moment où nous étions fins prêts.

Le vol en planeur a été infernal ! C’était, bien sûr, le plus long de tous ceux que j’avais faits, parce qu’il fallait se mettre en formation,  être escorté par un avion de combat etc. Après environ une heure de vol, j’ai commencé à être malade, et j’ai continué jusqu’à ce que nous soyons au-dessus du canal, où l’air était moins encombré. Le canal offrait une vue merveilleuse – particulièrement le trafic à son extrémité – Picadilly Circus n’en faisait pas partie. Nous n’étions pas assez près de la côte, de ce côté-ci, pour que je sois de nouveau malade et nous étions plutôt occupés à penser à l’atterrissage. L’atterrissage était épouvantable. D’autant que c’était ma première descente en planeur. Nous n’étions pas vraiment au bon endroit et le damné engin a sursauté le long d’un champ bosselé pendant un moment, avant de tourner et de s’écraser au beau milieu –  il a fallu que l’on coupe notre course juste au niveau de cette zone hostile aux atterrissage (comme celles dans lesquelles j’ai l’habitude d’atterrir moi même !) alors qu’on la longeait jusque-là. Quoiqu’il en soit, les deux moitiés du planeur se sont rapprochées l’une de l’autre, très près, et nous nous en sommes extirpés rapidement avec les équipements pour nous glisser sous l’engin, parce que d’autres planeurs arrivaient de partout et que les Jerries nous balançaient à tous des choses dessus, et qu’il n’était donc pas vraiment recommandé de flâner dans les environs. Notre riposte immédiate – une mitrailleuse dans une petite tranchée – a très efficacement été recouverte par un autre planeur qui nous a rapporté du plomb dans la tranchée, et une paire de Huns – plutôt terrifiés – s’est rendue les mains en l’air !

Ayant découvert que nous étions tous présent et après avoir enrubanné quelques égratignures, nous nous sommes ensuite mis en route pour nous rendre sur la scène de bataille. Je ne devrais rien te dire à propos de tout ça, à l’exception que, en dehors d’une barre de chocolat et de la moitié du contenu de ma flasque de whisky, je n’ai pas eu le temps de boire ni de manger pendant un long et inconfortable moment. Je ne l’ai pas remarqué, sur le moment – trop d’autres choses à faire – mais ça me paraît incroyable maintenant. De mon dernier repas en Angleterre à mes premières tasses de thé et copieuses rations en France, se sont écoulées près de 48heures ! Mais je me suis rattrapé depuis !

Quelqu’un m’a dit un jour que la guerre était composée de périodes d’intense ennui compensées par d’autres de vive peur. C’est ça, en résumé. Les gars avaient horreur de creuser eux-mêmes les tranchées à Salisbury Plain, mais vous devriez voir à quelle vitesse ils le font maintenant ! Et nous avons eu une multitude d’occasion de creuser en divers endroits variés depuis que nous sommes arrivés ici. Mes mains ne sont plus aussi belles qu’elles l’étaient ! C’est maintenant l’heure de la fête, et Jerry semble nous donner du fil à retordre, ce soir. Ce sera donc tout pour le moment,

Pensées pour vous tous,

Chris

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