Lettre du Roi Louis XIV aux Gouverneurs des Provinces de son Royaume

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Je décidais sincèrement de les faire jouir de la paix.

Louis XIV, né le 5 septembre 1638, surnommé le Roi Soleil tant sa puissance et sa gloire rayonnaient à Versailles, marqua profondément l’Histoire française et européenne. Enlisé depuis 1701 dans la guerre de Succession d’Espagne, il lance le 12 juin 1709 un appel à tous les Gouverneurs de son Royaume afin d’y mettre un terme et de laisser, dit-il, le peuple jouir de la paix. Un traité épistolaire sur la guerre et la paix par l’un des plus grands stratèges politiques, toujours d’actualité.

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12 juin 1709

Messieurs, l’espérance d’une paix prochaine était si généralement répandue dans mon Royaume, que je crois devoir à la fidélité que mes peuples m’ont témoignée pendant le cours de mon règne, la consolation de les informer des raisons qui empêchent encore qu’ils ne jouissent du repos que j’avais dessein de leur procurer.

J’aurais accepté, pour le rétablir, des conditions bien opposées à la sûreté de mes Provinces frontières ; mais plus j’ai témoigné de facilité et d’envie de dissiper les ombrages que mes ennemis affectent de conserver de ma puissance et de mes desseins, plus ils ont multiplié leurs prétentions, en sorte qu’ajoutant par degrés de nouvelles demandes aux premières, et se servant ou du nom du Duc de Savoie, ou du prétexte de l’intérêt des Princes de l’Empire, ils m’ont également fait voir que leur intention était seulement d’accroître aux dépens de ma Couronne les Etats voisins de la France, et de s’ouvrir des voies faciles pour pénétrer dans l’intérieur de mon Royaume, toutes les fois qu’il conviendrait à leurs intérêts de commencer une nouvelle guerre. Celle que je soutiens, et que je voulais finir, ne ferait pas même cesser, quand j’aurais consenti aux propositions qu’ils m’ont faites : car ils fixaient à deux mois le temps où je devais de ma part, exécuter le Traité, et pendant cet intervalle ils prétendaient m’obliger à leur livrer les Places qu’ils me demandaient dans les Pays-Bas et dans l’Alsace, et à raser celles dont ils demandaient la démolition. Ils refusaient de prendre de leur côté d’autre engagement, que de faire cesser tous actes d’hostilités jusqu’au premier du mois d’Août, se réservant la liberté d’agir alors par la voie des armes, si le Roi d’Espagne, mon petit-fils, persistait dans la résolution de défendre la Couronne que Dieu lui a donnée, et de périr plutôt que d’abandonner des peuples fidèles qui depuis neuf ans le reconnaissaient pour leur Roi légitime. Une telle suspension, plus dangereuse que la guerre, éloignait la paix plutôt que d’en avancer la conclusion ; car il était non seulement nécessaire de continuer la même dépense pour l’entretien de mes armées, mais le terme de la suspension d’armes expiré, mes ennemis m’auraient attaqué avec les nouveaux avantages qu’ils auraient tiré des Places où je les aurais moi-même introduits, en même temps que j’aurais démoli celles qui servent de remparts à quelques-unes de mes Provinces frontières. Je passe sous silence les insinuations qu’ils m’ont faites, de joindre mes forces à celles de la Ligue, et de contraindre le Roi mon petit-fils à descendre du Trône, s’il ne consentait pas volontairement à vivre désormais sans Etats, et à se réduire à la simple condition d’un Particulier. Il est contre l’humanité de croire qu’ils aient seulement eu la pensée de m’engager à former avec eux une pareille alliance. Mais quoique ma tendresse pour mes peuples ne soit pas moins vive que celle que j’ai pour mes propres enfants, quoique je partage tous les maux que la guerre fait souffrir à des Sujets aussi fidèles, et que j’ai fait voir à toute l’Europe que je décidais sincèrement de les faire jouir de la paix, je suis persuadé qu’ils s’opposeraient eux-mêmes à la recevoir à des conditions également contraires à la justice et à l’honneur du Nom Français.

Mon intention est donc que tous ceux qui depuis tant d’années me donnent des marques de leur zèle, en contribuant de leurs peines, de leurs biens, et de leur sang, à soutenir une guerre aussi pesante, connaissent que le seul prix que mes ennemis prétendaient mettre aux offres que j’ai bien voulu leur faire était celui d’une suspension d’armes, dont le terme borné à l’espace de deux mois, leur procurait des avantages plus considérables qu’ils ne peuvent en espérer de la confiance qu’ils ont en leurs troupes. Comme je mets la mienne en protection de Dieu, et que j’espère que la pureté de mes intentions attirera la bénédiction sur mes armes, je veux que mes peuples, dans l’étendue de votre Gouvernement, sachent de vous qu’ils jouiraient de la paix, s’il eût dépendu seulement de ma volonté, de leur procurer un bien qu’ils défirent avec raison, mais qu’il faut acquérir par de nouveaux efforts, puisque les conditions immenses que j’aurais accordées, sont inutiles pour le rétablissement de la tranquillité publique.

Signé LOUIS,
Contresigné COLBERT.

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4 commentaires

  1. Michel LONCIN

    « Il n’y eut dans tout le pays qu’un seul cri d’indignation et de vengeance. Le peuple comprit que ce n’était pas seulement au roi, mais bien à la France qu’on en voulait, et cette guerre de la Succession d’Espagne, qui n’avait encore été qu’une guerre politique, devint dès lors une lutte nationale pleine de passion et de fureur. » écrivent les historiens Bordier et Charton qui, en « bons » républicains, font précéder ces nobles paroles de ce constat jubilatoire d’espèce républicain : « Louis rappela les négociateurs, dépêcha Villars à la tête des troupes qui garnissaient la frontière , et fut contraint, par la suprême logique des faits, à reconnaître qu’il existait en France un tribunal supérieur à sa souveraineté. N’espérant plus triompher par son seul zèle, il fit appel à la nation. »

    Moins « révolutionnaire, moins « churchillien » qu’on a bien voulu le dire, cet Appel (contresigné par Jean-Baptiste Colbert de Torcy, neveu du « grand » Colbert) à la nation française (le mot « FRANCAIS est écrit en majuscule dans le texte) est analogique avec certains autres « appels » bien antérieurs (l’appel de Philippe II Auguste – il en résultera Bouvines en 1214 – … celui de Philippe IV le Bel – il en résultera Mons-en-Puelle dont on « oublie », en Flandre, qu’il a « effacé » militairement et politiquement Courtrai) et se situe pleinement dans la tradition des Capétiens … bien plus proches du « peuple » que n’a jamais vraiment été la … « République » (même à ses héroïques débuts) …

    De cet « Appel du 12 juin » (que suivra, dans son genre propre, « l’Appel du 18 juin 1940 »), résultera un formidable raidissement français (la France n’est JAMAIS aussi GRANDE que dans le MALHEUR) qui permettra à Villars (grièvement blessé au genou) et à Boufflers de faire de la bataille de Malplaquet – 11 septembre 1709 -, considérée encore comme une « victoire » de Marlborough (lors que les Alliés, décimés, épuisés, seront incapables de poursuivre les hostilités), une VICTOIRE défensive française arrêtant l’INVASION (dès le lendemain, les Français sont regroupés à quatre lieues – 16 kms – de Malplaquet). C’est que, comptant à leur ordre de bataille 110.000 hommes (contre 70.000 aux Français), les Anglo-Germano-Hollandais ont eu au moins 20.000 morts et blessés (contre 10.000 aux Français). Malplaquet … la plus atroce boucherie du XVIIIème siècle (alors à son orée), la première manifestation du TOTALITARISME guerrier, en dépit des guerres de la Succession d’Autriche et de Sept Ans … En dépit aussi des guerres de la Révolution … Par la faute des Alliés qui, BOUFFIS d’orgueil, s’imaginaient déjà la France à genoux … Marlborough est bien l’aïeul de son CRIMINEL descendant … J’ai nommé … Winston CHURCHILL … EXECUTEUR par le GAZ et par le FEU des grandes villes allemandes telles Hambourg ou Dresde …

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