Lettre du Duc de Wellington à Henry Bathurst

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Je décidai d’attaquer l’ennemi, avec la cavalerie et l’artillerie. L’attaque fut un succès total.

Si Waterloo signe le déclin définitif de l’Empire – après le soubresaut des Cent Jours – et la fin de la dernière dictature du XIXème siècle, c’est aussi un fait d’armes flamboyant emporté par le duc de Wellington. A tout seigneur, tout honneur : ce militaire et homme politique écrira lui-même dans une lettre le récit de sa victoire face à l’Aigle. Une exclusivité épistolaire DesLettres !

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19 Juin 1815

Mon Seigneur,

Bonaparte avait réuni les 1er, 2ème, 3ème, 4ème et 6ème corps de l’Armée Française ainsi que la Garde Impériale, et presque toute la cavalerie sur la Sambre : il avançait entre cette rivière et la Meuse, du 10 au 14 de ce mois. Le 15 à l’aube, il attaqua  les postes Prussiens à Thuin et Lobbes, sur la Sambre.

Je n’ai rien su de ces événements avant le soir même. J’ai immédiatement ordonné aux troupes de démarrer la marche. Et, dès que j’ai su, par le mouvement  d’autres troupes, que Charleroi était la véritable attaque, j’ai envoyé nos troupes sur le flanc gauche.

L’ennemi a continué son avancée le long de la route de Charleroi qui mène à Bruxelles et, dans cette même soirée du 15, il a attaqué une brigade de l’armée des Pays-Bas.

(…)

A ce moment, l’ennemi a commencé un assaut contre le Prince Blücher avec l’ensemble des troupes à l’exception des 1er et 2nd corps, et un corps de cavalerie sous les ordres du General Kellermann, qui a attaqué notre poste aux Quatre Bras.

L’Armée Prussienne a maintenu sa position avec sa chevalerie habituelle et persévérante, même en  forte infériorité numérique, car le 4ème corps de leur armée, commandé par le General Bülow, ne l’a pas rejoint. Je n’ai pu les aider comme je le souhaitais, puisque j’étais également assailli, et que les troupes, particulièrement la cavalerie, ne nous avaient pas rejoint, à cause de la longue distance de marche.

Nous avons campé sur nos positions, déjoué et repoussé toutes les tentatives de l’ennemi de s’en emparer. L’ennemi nous a constamment attaqué avec un grand nombre de soldats d’infanterie et de cavalerie et une puissante artillerie. Il a mené plusieurs charges avec la cavalerie contre notre infanterie, mais elles ont toutes été repoussées.

(…)

Nos pertes furent lourdes, comme pourra le constater votre Seigneurie ; et je regrette particulièrement la perte de Son Altesse Sérenissime le Duc de Brunswick, qui succomba en combattant au front.

Bien que le Maréchal Blücher ait maintenu sa position à Sombref, il se trouva fortement affaibli par le combat mené, et, comme le 4ème corps n’était pas arrivé, il prit la décision de se replier et de concentrer son armée sur Wavre, marchant jusque dans la nuit, alors que l’action était terminée.

Ce mouvement du Maréchal rendit nécessaire un mouvement similaire de ma part. Je me retirai donc de la ferme des Quatre Bras pour Genappe, et de là me dirigeai vers Waterloo, le lendemain matin, le 17 juin à 10 heures.

L’ennemi ne fit pas l’effort de poursuivre le Maréchal Blücher. Au contraire, j’ai envoyé une patrouille à Sombref le matin et tout était calme : les vaisseaux ennemis se repliaient à mesure que la patrouille avançait. L’ennemi n’a pas non plus perturbé notre marche en arrière.

(…)

L’ennemi rassembla son armée, à l’exception du 3ème corps, envoyé pour surveiller le Maréchal Blücher, sur les hauteurs face à notre front, pendant la nuit du 17 juin. Vers 10 heures, un furieux assaut fut lancé contre notre poste à Hougoumont. Nous avons gardé le poste avec un détachement de la brigade des Gardes du Général Byng (…) Je suis heureux d’ajouter que le poste a été maintenu tout au long de la journée par ces braves soldats, malgré les efforts répétés des troupes ennemies pour en prendre possession.

Cette attaque sur notre droite fut accompagnée d’une très lourde canonnade sur toute notre ligne qui devait contrecarrer les multiples attaques, groupées ou séparées, de la cavalerie et de l’infanterie ennemie. Lors d’un de ces assauts, l’opposant s’empara de la ferme de la Haye Sainte car le bataillon léger de la Légion Allemande, qu’il occupait, avait dépensé toutes ses munitions.

(…)

L’ennemi a constamment assailli notre infanterie avec sa cavalerie, mais ses attaques ont été un échec. Cela nous a donné des opportunités à notre cavalerie de mener la charge.

(…)

Ces attaques se sont répétées jusqu’à 7 heures du soir lorsque l’ennemi a tenté, dans un effort désespéré de forcer, avec sa cavalerie et son infanterie et le feu de notre artillerie, notre flanc gauche situé près de la ferme de la Haye Sainte : après un dur combat, cette attaque fut repoussée. Puis, les troupes ennemies se retiraient dans une grande confusion et les corps du Général Bülow se dirigeaient de Frischermont vers Planchenois, La Belle Alliance commençait à faire effet. Comme je pouvais sentir le feu de leur canon et que le Maréchal Prince Blücher nous avait rejoint avec un détachement de son armée à gauche de notre ligne (Ohain), je décidai d’attaquer l’ennemi et avançai immédiatement la totalité de notre ligne d’infanterie, soutenue par la cavalerie et l’artillerie. L’attaque fut un succès total.

Le combat se prolongea bien après la nuit noire, et je l’arrêtais en pensant à la fatigue de nos troupes combattant depuis 12 heures, et parce que je me trouvai sur la même route que le Maréchal Blücher, qui m’indiquait son intention de suivre l’ennemi tout au long de la nuit. Il m’a envoyé une note le matin pour me préciser qu’il avait pris 60 pièces de canon, à Genappe, appartenant à la Garde Impériale, ainsi que plusieurs chariots, bagages, etc. appartenant à Bonaparte.

J’ai proposé que l’on parte pour Nivelles ce matin, sans cesser mes opérations.

Votre Seigneurie observera qu’une telle action désespérée ne peut être vaincue, et de telles avancées ne peuvent être obtenues, sans de lourdes pertes ; et je suis désolé d’ajouter que les nôtres aient été immenses.

(…)

 Cela me donne grande satisfaction d’assurer à votre Seigneurie que l’armée ne s’est jamais mieux conduite.

(…)

Ce serait indigne d’oublier que cette victoire n’a été possible qu’avec l’assistance du Maréchal Blücher et de l’armée Prussienne. L’opération du Général Bülow contre le flanc de l’ennemi a été décisive ; et, même si je n’avais pu mener l’attaque qui acheva l’ennemi, l’opération du Général Bülow aurait de toute façon pousser l’ennemi à la retraite.

(…)

J’envoie avec cette dépêche trois aigles, capturés par les troupes, que le Major Percy aura l’honneur de déposer aux pieds de Son Altesse Royale. Je vous prie de le recommander à la protection de votre Seigneurie.

J’ai l’honneur d’être, etc.

WELLINGTON.

( http://www.wtj.com/archives/wellington/1815_06f.htm ) - (Source image : https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/0/01/Arthur_Wellesley,_1st_Duke_of_Wellington_by_Thomas_Lawrence.jpg)
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2 commentaires

  1. Fred

    Bonjour,

    L’Empire dernière dictature du 19è? Quid de l’Empire russe, de l’Autriche de Metternich, et de toutes les monarchies européennes (ou peu s’en faut) jusqu’en 1848 (au bas mot)?

  2. geryposte

    En récompense du sacrifice de « ses » troupes, comme de celui… de ces dizaines de milliers de personnes sacrifiées par… pour Napoleon, ou Blücher », Wellington recevra des milliers d’hectares de terres belges, dont la famille est toujours « propriétaire ». Elle a beaucoup d’influence et n’aime vraiment pas les éoliennes…!

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