Lettre de Gauguin à sa femme

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Il est inutile de te conter toute la misère de la faim que je supporte en ce moment ce serait vous faire plaisir probablement.

En 1887, Paul Gauguin s’embarque avec Charles Laval pour le Panama et, déçu, gagne finalement la Martinique. Deux ans plus tôt, ne pouvant subvenir aux besoins de sa famille, il avait laissé derrière lui femme et enfants à Copenhague. Les rapports du couple, du fait de cet abandon, sont glacials et c’est un Gauguin las et souffrant qui s’adresse ici à sa femme pour lui mendier quelques nouvelles. Un aspect méconnu de la vie du peintre.

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Non datée (Automne 1887)

Ma chère Mette

Depuis quatre mois que je suis à la Martinique  je suis sans nouvelles de toi et de mes enfants. Chaque courrier je suis dans l’attente, inutilement, et dans l’état de santé où je suis ce silence me fait retomber chaque fois_ Que supposer ? Il y a t-il quelqu’un de mort, ou bien et c’est plus probable  te voilà retombée dans les mauvais conseils ; on s’était figuré qu’à Panama il n’y avait qu’à se baisser pour ramasser l’or à la pelle puis tout d’un coup me voilà à la Martinique   alors changement à vue, les figures s’allongent. Quand je t’ai écrit ma dernière lettre j’étais presque mourant, maintenant je suis debout mais je ne vaux pas cher  incapable de faire un kilomètre sur mes jambes.

Je fais ici toutes les démarches pour me faire rapatrier et je ne sais quand je serai de retour  cependant c’est inutile de m’écrire maintenant  ta lettre arriverait quand je serais en route_ Enfin il sera dit qu’avec vous je verrais tous les chagrins.

Il est inutile de te conter toute la misère de la faim que je supporte en ce moment  ce serait vous faire plaisir probablement ; dans le silence où tu me laisses il m’est permis de tout supposer surtout le mal_ Quand même tu serais malade, tu peux faire écrire par quelqu’un.

A Revoir [sic]

Paul Gauguin

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