Lettre du Marquis de Sade à son épouse

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Vous serez bien baisée, oui baisée de toute mon âme.

Donatien Alphonse François de Sade (2 juin 1740 à Paris – 2 décembre 1814), écrivain aux mœurs dissolues et hors-la-loi, noble criminel, et célèbre prisonnier de la Bastille, a survécu à tous les régimes, scandalisant ses pairs et ses contemporains. Ici, le père de tous les « sadismes » et libertinages prouve son parfait maniement des mots à l’aide d’une lettre qui prend son sens dans tous les sens ! Mode d’emploi : lisez les italiques pour découvrir son sens caché !

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Décembre 1787

J’ai une envie de vous gronder étonnante, cette manière dont
vous enfiler qui ne dit mot est affreuse et en vérité
passe tout ce qu’on peut imaginer ; avec vous on ne sait jamais ce qu’on
peut croire, et cela est atroce en réfléchissant ; je vois que ça
n’est pas étonnant, vous vous êtes formée ma mie
depuis le temps que nous ne sommes plus ensemble, cependant je vous l’avoue
je ne vois point de motifs à votre conduite et vous êtes la plus singulière de
femmes, vous imaginez-vous pas que je vous pardonnerai tout cela vous pensez
bien que je dois être très ulcéré de votre conduite, adieu je suis, d’écrire ce soir
en train comme une bête, comme un âne, comme
un étalon espagnol, ainsi je vous salue, venez me voir je vous en prie
venez quand vous voudrez, vous me ferez toujours plaisir et honneur et
vous pourrez être sûre que malgré tous les chagrins que vous me donnez
vous serez bien baisée, oui baisée de toute mon âme.

De Sade

( Sade, Lettres d'une vie, Éditions 10/18, 2014 ) - (Source image : Wikimedia Commons : Charles-Amédée-Philippe van Loo (1719–1795), Portrait of Marquis de Sade (1740-1814), 1760. Wikimedia Commons : Renée-Pélagie de Montreuil (1741-1810) wife of marquis de Sade)
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4 commentaires

  1. apolline.elter@skynet.be

    George Sand n’aura donc rien inventé avec sa fameuse (et fausse) lettre codée à son ami Musset..!
    Merci pour cette , en effet surprenante, découverte!

    Apolline Elter

  2. latelierdureve@laposte.net

    C’était finalement peut-être une mode dont on a perdu l’usage, mais ce qui fait dire qu’il doit y avoir un code, c’est que déjà la première phrase a une drôle de tournure : « cette manière de vous enfiler qui ne dit mot » : je me suis demandée ce que ça voulait dire.
    En fait, à droite et en entier, il semble s’intéresser à elle, lui donner de l’importance, lui reconnaître une personnalité étonnante, il lui fait part de l’incompréhension qu’elle lui échappe, alors qu’à gauche il la réduit à pas grand chose : c’est parce qu’il n’en n’a pas d’autre sous la main qu’il la veut bien elle. Une façon de lui dire qu’il ne lui en veut pas, puisque pour le sexe, toutes les femmes se valent !
    Bref, un expert du double langage.

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