Lettre ouverte de Diego Maradona

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Chaque jour j'ai vécu et respiré le football.

Diego Maradona est un footballeur international argentin. Désormais entraîneur, celui qu’on surnomme « El Pibe de Oro » (« Le gamin en or ») n’a pas sa langue dans sa poche. Lors des dernières élections du chef de la FIFA (2015), Diego Maradona écrit une lettre ouverte dans laquelle il revient sur les raisons qui lui ont fait aimer ce sport et celles qui le pervertissent en un véritable domaine de corruption.

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[Sans date]

Pendant ces dernières décennies, chaque jour j’ai vécu et respiré le football. Je suis si fier de ma carrière et du merveilleux soutien que m’ont apporté, en Argentine comme à l’étranger, mes fans et mes amis. […]

Ces derniers temps, le football a changé, et pas pour le meilleur. Parfois j’en ai été fier, parfois il a permis d’unir le monde entier. Mais la FIFA, son recteur, l’a transformé en un terrain de jeu pour les corrompus.

La majeure partie des fans de foot peuvent imaginer ce que je m’apprête à dire : sous le mandat de Joseph Blatter, la FIFA s’est convertie en une disgracieuse et douloureuse honte pour tous ceux qui comme moi se préoccupent vraiment du foot.

Ces jours-ci, lorsque je parle avec des passionnés de foot, les conversations portent inévitablement sur le élections de la FIFA. Bien que je ne vois presque personne soutenir ouvertement Blatter, beaucoup pensent qu’il va gagner un cinquième mandat. Pourquoi ? Envisager une cinquième élection est absurde en 2015. Ce n’est acceptable dans aucun pays démocratique. Ce n’est pas non plus acceptable dans les Nations Unies ni dans aucune organisation internationale.

Mais il semble que ce le soit pour la FIFA. Nous sommes sous le joug d’un dictateur.

Je surnomme Blatter « l’homme de glace » parce qu’il n’éprouve ni la passion ni l’inspiration qui émanent du coeur du foot. Si c’est cela le visage du football international, nous sommes très mal.

Le football est un monde intense, empli de conflits et qui a toujours eu ses problèmes, et le chef de la FIFA en est un.

Les moyens de communication sont submergés depuis plus de dix ans par de nombreux scandales qui tournent autour de Blatter. Il y en a tellement que les énumérer est ennuyeux.

Qui s’étonne désormais d’un autre cas de vol ou d’un autre mystère au sein de la FIFA, ou bien encore d’une autre accusation de corruption ?

Lorsque je demande pourquoi tant de personnes pensent que Blatter sera réélu, la réponse est toujours la même : il a gagné son soutien par des années de clientélisme non éthique et par de nombreuses faveurs.

Personne ne justifie jamais son travail en expliquant qu’il est le plus apte à occuper ce poste ou bien encore parce qu’il le mérite. Ils le « louent » pour  maintenir le temps d’avance  qui les éloigne des investigateurs — que ce soient les commissaires ou même le FBI — et camoufler comment les finances de la FIFA se sont muées en un véritable chaos, avec des pertes de plus de 100 millions de dollars […].

Il y a une forme d’admiration maladive pour Blatter, comme celle qu’on éprouvait à l’égare d’un ancien chef de mafia qui permettait de sortir de prison.

L’histoire politique de Blatter se résume à promouvoir la division et camoufler les échecs.

Récemment, il s’est compromis  et a abordé le racisme dans le football et la promotion des femmes dans ce sport. Ça m’a fait rire. Ma question est : « Sepp, qu’est ce que t’es entrain de faire pendant ce quatrième mandat ?

Nous avons tous la réponse : s’entourer de voleurs qui se remplissent les poches par le biais de ce sport. Si c’était un homme bon, il n’aurait surement pas passé la moitié de son temps à bloquer les investigations externes sur les finances de la FIFA.

Pourquoi cet homme de 79 ans cherche-t-il à obtenir un cinquième mandant à la FIFA ? Ses petits copains ont tout volé sauf les meubles de son bureau et il continue d’affirmer ne rien savoir. Peut-être que nous devrions appeler San Sepp, l’innocent. C’est drôle, non ?

Si les question de leadership importent, aucune association nationale de football peut, en toute conscience, appuyer Blatter pour un cinquième mandat. C’est un incompétent. Quand quelqu’un est enfoncé jusqu’au cou dans des pertes financières, des pots de vin et qu’il ne remarque rien, c’est un fou ou un voleur.

Toutes ces investigations de corruption qui font saigner la FIFA et le football international se noient dans une mer de mépris. Dans l’histoire, peu de sports ont souffert de cette mauvaise presse qui freine actuellement le football ces dernières années et cela est du en grande partie à Blatter. […]

Nous avons besoin d’un leadership jeune et créatif à la FIFA, le type de leadership qui soit inclusif et ouvert à de nouvelles idées. Nous avons besoin d’une culture du football, pas d’une culture de mafieux.

Pourquoi acceptons nous tous, de manière passive, cette corruption ? C’est trop.

Nous voulons que notre sport revienne.

( http://bit.ly/1ZEaaU6 ) - (Source image : Diego Maradona celebrating his second goal scored to England during the 1986 FIFA World Cup., Dani Yako, 22 June 1986, Clarín newspaper © Wikimedia Commons)
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