Lettre ouverte de Paul Ricard

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Notre région ne possède pas de palace digne de sa renommée.

Paul Ricard ( 9 juillet 1909 – 7 novembre 1997 ) est un cher d’entreprise originaire de Marseille, créateur du pastis Ricard, devenu la boisson estivale par excellence, et le symbole du Sud de la France dans l’imaginaire national. L’entrepreneur s’est également investi dans le mécénat, avec la construction du circuit du Castellet pour la Formule 1 ou la fondation océanographique Ricard. Attaché à son terroir, il écrit un plaidoyer pour le développement de la région PACA.

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2 avril 1963

Je ne comprends pas. Chaque fois que je veux réaliser quelque chose, construire pour l’honneur et la gloire de mon pays, je suis pris à partie par des gens qui n’ont rien édifié et qui, sans doute, quitteront cette terre sans rien laisser de leur passage. Souvenez-vous de l’opposition à l’aménagement de l’île des Embiez ! Le même fait se reproduit au sujet de la presqu’île de Cassis.

Notre région de possède pas de palace digne de sa renommée. J’avais pensé que, sur cette carrière désaffectée, balayée par le mistral, entre Port-Miou et Cassis, il y avait place pour un établissement de classe internationale pouvant recevoir les hôtes de la ville de Marseille. J’ai connu Cassis, le chemin de Port-Miou, du temps où il n’y avait que des cailloux. Aujourd’hui des arbres ont poussé, l’homme y a apporté de la terre et des fleurs, édifié de superbes villas dont Cassis s’enorgueillit. Que seraient les marécages jadis pestilentiels de Venise et de Miami si l’homme n’avait pas, par son génie, aménagé ces cités ? Que serait l’Acropole sans ces bâtisseurs : un mamelon dénudé et sans intérêt. Que serait Nice aujourd’hui, sans MM Ruhl et Negresco, ces barmen pris à l’époque pour des fous parce qu’ils construisaient sur une plage de galets à l’embouchure d’un torrent, alors que les hôtels se trouvaient dans des parcs et des jardins, sur les hauteurs de Cimiez ?

J’ai amené, l’été dernier, notre ami Tino Rossi aux Baléares. Lui, Ajaccien, fit la réflexion de tous les Français qui arrivent sur la Costa Brava et à Palma de Majorque : « Nous sommes en perte de vitesse ! » Deux cents hôtels ont été construits l’an dernier sur la Costa Brava. On inaugure cette année, à Pâques, à Palma et à Palma Nueva, quatre-vingt-dix-sept hôtels dont toutes les chambres sont pourvues de salles de bains. Tous ces hôtels sont complets jusqu’à Novembre. Et n’oublions pas qu’avec l’avion, Palma n’est pas plus éloignée des capitales européennes que notre célèbre Côte d’Azur…

( Paul Ricard : La passion de créer ; Albin Michel ) - (Source image : http://www.ricard.fr/sites/default/files/styles/stage_large/public/photos-chapitres-rubriques/intro-histoire.jpg?itok=WQ1RylBN)
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