Lettre ouverte de Michael Sztanke à Dieudonné 

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Jenny, ma grand-mère, vous salue bien.

L’affaire Dieudonné aura soulevé bien des réactions, dont cette lettre ouverte à l’humoriste du reporter Michael Sztanke rappelant que l’humour pratiqué par ce personnage controversé demeure une manifestation d’un discours contre autrui. Avec sa plume et son humour, il raconte l’histoire de sa grand-mère Jenny, déportée dans le camp de Lodz, répondant ainsi aux polémiques actuelles.

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Cher Dieudonné,

Je vous écris de la part de Jenny Sztanke née Chmielnicka. Je l’ai enterrée au mois de mai dernier au cimetière juif de Bagneux. Trop drôle. Ca vous dit quelque chose Bagneux ? Personne n’a encore fait de « quenelle » là-bas mais ça ne devrait pas tarder, n’est-ce pas ?

Jenny est née à Berlin le 4 août 1925. En mars de l’année 1940, les SS ont arrêté ses parents pendant qu’elle suivait un cours de piano chez une voisine. Elle ne les a jamais revus. Quelques semaines plus tard, elle a été déportée dans le ghetto de Lodz en Pologne. Vous connaissez le ghetto de Lodz ? Je vous explique un peu. C’était une sorte de grand centre industriel pour passer du bon temps. On y mangeait quand on pouvait, et on y jouait à cache cache avec les kapos et autres nazis.

Par contre Dieudonné, je vous le dis tout de suite, on ne pouvait pas sortir quand on voulait. Pas question là-bas de se rendre au théâtre. Mais c’était quand même, en 1940, un drôle de lieu le ghetto de Lodz, un lieu plein de vie. Si il n’y avait pas assez à manger, les résidents du ghetto pouvaient se plaindre au Judenrat. Vous savez ce que c’est un Judenrat ? C’est un conseil des juifs mis en place par les allemands pour faire le lien entre la population des ghettos et les nazis. Ce conseil était forcé de livrer des juifs aux allemands. Par exemple, si les nazis voulaient plus de main d’œuvre dans une usine, ils demandaient au responsable du dit Judenrat de leur fournir des bras. Eh oui car à Lodz, on devait quand même travailler un peu pour fournir la Wehrmacht en équipements. Je crois qu’on appelait ça le travail forcé. Dieudonné, vous savez quoi ? Jenny travaillait à la plonge en cuisine pour vos amis. Trop drôle. Et puis, quand les nazis décidèrent de sonner la fin des vacances, ils ont emmené Jenny dans un autre camp de travail. Ca devait être en mars 1944. Mais Jenny ne se souvenait plus du nom car ils ne l’ont pas gardée longtemps. Ils l’ont rapidement transférée à Bergen Belsen, en Allemagne, un camp de concentration cette fois-ci. Les nazis disaient que c’était un camp de « repos » pour ceux qui étaient incapables de travailler ou ceux trop épuisés. C’est fatiguant les vacances, Dieudonné. Puis, il y avait tellement de candidats pour ce camp que Jenny a fini par être envoyée à Dachau trois semaines plus tard. Vous connaissez Dachau ? C’est en Allemagne aussi. Pendant cette période, Jenny a contracté le typhus. Les responsables du camp n’avaient pas prévu de médecins. Du coup, pour qu’elle aille mieux, ils lui ont demandé avec d’autres résidents du camp d’entamer une marche de 5 kilomètres dans la neige pieds nus. Ca devait être début janvier 1945. Vous connaissez cet endroit en hiver ? Et puis, un jour Jenny a été alignée avec d’autres femmes près d’une fosse. Elle devait penser que c’était un jeu et qu’il fallait courir le plus vite possible ou bien sauter dans cette fosse. Vous savez quoi Dieudonné ? Elle s’était trompée de jeu. Le jeu consistait à sortir un flingue et à tirer sur une femme sur deux. Pas toutes. Vous connaissez la roulette russe ? Parfois ça passe. Jenny est passée. Et puis la fin de la récréation a été sifflée par ceux que vous ne devez pas trop apprécier, les fameux alliés américains. Ils ont décidé que Jenny devait vivre. Elle a donc été libérée de son baraquement où ils devaient être 1500 entassés. Jenny a rejoint Paris en 1947 avec un homme qu’elle avait rencontré dans un sanatorium pour les déportés. Là, elle était vraiment au repos. Jenny devait peser 29 kilos. Vous savez ce que c’est de peser 29 kilos, vous ?

Ca doit vous faire marrer ce que j’écris là non ? Vous pourrez vous en servir pour vos spectacles, ça devrait faire rire votre public. Ah j’oubliais. Une fois à Paris, Jenny a travaillé à Belleville avec son mari, dans un atelier de confection. Puis, elle a quand même voulu apprendre le français parce que son rêve après ses vacances à Lodz, Bergen Belsen et Dachau, c’était de gagner un peu d’argent pour nourrir son fils. Du coup, elle a passé un concours et elle est devenue poinçonneuse dans le métro parisien.

Comble de la blague juive, celle-là vous allez pouvoir la raconter. Elle est tombée malade, encore ! Et cette fois-ci, écoutez-bien, vous allez rire. En fin de vie, parce qu’il faut bien une fin de vie, elle a été recueillie par une famille algérienne. Si si je vous assure, une famille de musulmans. Et vous savez quoi ? Ces musulmans, ils habitent à Drancy ! C’est dingue non. Vous la faites la blague ? « La boucle est bouclée ». Je ne leur ai jamais demandé si, ensemble, ils chantaient « Shoah-nanas » pour passer le temps. Mais pour votre gouverne, Jenny a toujours dit que cette famille c’était aussi la sienne. Parce que Jenny vous voyez, les différences, elle, à plus de 80 ans, ça lui passait un peu au dessus. Enfin pour être honnête, pas complètement, elle a toujours dit qu’elle n’aimait pas les Français, que leur esprit était petit. C’est bizarre, j’ai mis du temps à comprendre.

Voilà Dieudonné, du fond de son caveau à Bagneux, et après une vie de juive à bien se marrer, Jenny, ma grand-mère, vous salue bien.

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16 commentaires

  1. Rémond

    Je suis touchée par votre lettre, je ne sais pas si Dieudonné le sera, mais moi oui, émue par ce courage, cette rage de vivre, émue aussi par cette hommage à votre grand-mère, mais malgré tout chagrinée par cette petite phrase sur les français, je suppose que vous vouliez faire passer un message de paix, une invitation à la tolérance, et vous terminez par une critique des français, comme s’ils étaient eux tous semblables, en oubliant peut-être qu’il y a eu des résistants français, et qu’il y a des français non racistes à qui le comportement des Dieudonné et compagnie fait peur, qui s’inquiètent de la manipulation des peurs des communautés (juives, musulmanes, catholiques, africaines, françaises, homosexuelles,…) et qui rêvent d’humanité plus que d’esprit de clocher. Ce que je préfère retenir de votre lettre, c’est que votre grand mère à choisit de vivre en France parce elle a pu y vivre dans la diversité des cultures et des traditions, ce qui ne me semble pas la marque d’un peuple étriqué, mais au contraire ouvert, même si vous et moi devons combattre des individus comme Dieudonné, personnage opportuniste qui exprime des idées plus que malsaines.

  2. Anthony

    Très belle lettre évidemment, mais ce que dénonce surtout Dieudonné (et que tout le monde prend bien soin de ne jamais comprendre!…) c’est que le devoir de mémoire qui a été instauré au sujet de la Shoah s’est lentement transformé en instrumentalisation pour ne pas dire en culpabilisation de l’autre, et il dénonce aussi cette espèce de concurrence des souffrances qu’on voit tout le temps, avec chaque communauté qui vient balancer les drames de ses aïeux à la gueule des autres, c’est-à-dire exactement ce que vous êtes en train de faire dans votre lettre.

    Je pense qu’il sait très bien (comme moi) que des gens comme votre grand-mère et sa famille a subit des drames épouvantables, mais bon sang qu’on foute la paix aux morts!

    Voilà j’espère n’avoir assassiné personne en disant ce que j’ai dit, je n’ai fait qu’utiliser le petit morceau de la liberté de penser que nous accorde encore la société.

  3. CONSTANTINIDIS

    Ma grand-mère était russe et juive. Elle a perdu les 3/4 de sa famille dans les camps. Ils se sont fait discrets. L’oncle de Katia, ma grand-mère, était le grand rabbin de Moscou et sa soeur a été fiancée à Kerensky. Quand ce n’était pas les nazis, ce furent les hommes de Staline qui ont proposé aux exilés de rentrer en Russie. Des cousins qui avaient survécu ont passé la frontière. Et là aussi, il y avait un jeu qui consistait à se mettre en ligne devant une tranchée. Elle était creusée à l’abri des regards, dans une forêt. Les hommes ont tiré, les gens sont tombés, on a rebouché le trou et, comme dirait Dieudonné : « Rideau ». Mais des années après, la terre rejette les corps. On retrouve aujourd’hui des morceaux de squelettes humains et parmi eux, il y a des membres de ma famille.

    Ces gens, je ne les ai pas connus, mais je n’oublie pas d’où je viens. Mon grand-père maternel, Génia, le mari de Katia, a fait de la résistance. Un jour, ses parents se sont retrouvés sur un bateau en partance pour un camp de vacances en Allemagne. Génia a endossé un uniforme allemand, a récupéré de faux papiers et il est monté récupérer ses parents prétextant qu’ils étaient attendu à la préfecture de Marseille pour un interrogatoire. C’était un quitte ou double. Ca a marché, il a réussi son coup. Je ne sais pas si j’aurai eu le même courage que lui. Si le coup avait raté, il aurait laissé Katia, ma tante et ma mère seules. Qu’est-ce qu’elles auraient ri, quelle bonne blague…

    Génia est parti trop tôt, à 58 ans. Il me manque. Il a vécu des choses difficiles, mais il nous a appris à regarder vers l’avant, à espérer en l’avenir et à aimer les gens, tous les gens. Il n’avait aucune haine envers les Allemands ni envers les Communistes russes qui ont poussé sa famille à l’exil. Il croyait en l’homme et en son humanité. Il pensait que l’humanité était comme un individu et qu’elle pouvait grandir, prendre conscience, changer. Il m’a transmis ses valeurs et il vit en moi comme tous mes ancêtres, ceux qui m’ont précédé.

    Il faut vivre le présent et envisager l’avenir, mais ne pas oublier ses racines et son histoire. Je n’ai pas de haine contre Dieudonné, je suis triste pour lui. Pour dire de telles horreurs, il faut sacrément manquer d’humanité. Je lui souhaite de retrouver son âme.

    JEAN.

  4. gil gianone

    Bravo pour cette magnifique lettre qui a le mérite, effectivement, de remettre les pendules à l’heure de la vraie Histoire !
    Il est grand temps de se détourner définitivement de ces pseudo-histrions de caniveau qui déshonorent leur supposée « intelligence » en osant rire de faits horribles et bien réels (quoi qu’ils en disent…) : un petit séjour forcé dans les charmants lieux de villégiature qu’a connu votre grand mère leur aurait fait , sans nul doute, un bien fou !

    Merci.

  5. Staminer

    «On lui a montré la lune avec le doigt et il a regardé le doigt» On leur a montré Orgon avec le doigt et ils ont regardé Tartuffe. Sans se rendre compte que Tartuffe il faisait son boulot de survivant. Il se battait pour vivre. Il ranconnait pour la gamelle. Rien de plus. Rien à redire monsieur Tartuffe.

    Moi, c’est le tapin que j’ai du faire toute ma vie pour assurer ma matérielle. J’ai pas à en rougir mais j’en rougis quand même ! J’en rougis tellement que ça me donne des idées de drapeau. Mais là je raccroche. J’ai plus l’âge des grandes idées. Plus l’âge du grand large
    Et puis, il sait qu’il ment Tartuffe. Il sait qu’il imposte l’imposteur. Il y croit pas à sa tartine le glavioteur. Il irait pas risquer ses miches pour ce qu’il raconte, le baron. Il sait que ce sont des histoires de merlans.

    Le vrai danger vient des Orgon. Ceux qui l’écoutent, qui se pâment, qui en redemandent. Ceux là ils sont tellement nazes et tellement à cran d’être nazes, qu’ils sont prêts à retourner dans le Kessel de Stalingrad pour montrer aux zautres qu’ils sont pas des métèques de rien du tout mais des michetons de pure race arienne. Des übermensches , des mots que c’est dur à écrire comme tout.

    Les Orgon, pensez aux Orgon, c’est là que ce tient le danger.

  6. Steph

    Merci pour votre lettre. On pourrait penser que tout les français ont condamné votre pauvre grand mère. Seulement nous d ailleurs. Alors que faites vous en France? Et puis dieudonné remet en cause les chambres a gaz, il ne remet pas en cause l abomination des nazis a vouloir exterminer les juifs par la malnutrition, les maladies et les accueillir dans des camps sans chauffage et quasiment sans vêtements ou si peu. Le monde est fait de monstre depuis longtemps, les russes ont exterminé plus de 80 millions de personnes dans les goulags, les britanniques environ 500 mille personnes en 1907 quand ils ont inventé les camps de concentration. La guerre sino japonaise a fait 19 millions de mort chinois pendant la dernière guerre. Plus 1 million d Africains meurent chaque année par manque d eau et de nourriture. Je vous eviterais les hindous. Vous devez deja etre fatigues Et voyez vous, moi je suis compatissant pour toutes ces personnes et leurs familles. Ah oui Un peu d humour vous aimez bien. Relevé la tête monsieur, car a vous regardez le nombril vous allez rentrer dans un arbre.
    Une petite pour la fin quand même. Environ 50 mille palestiniens ont été tué depuis que vous avez décidé d envahir la Palestine. Et ce qui est drôle c est qu ils sont morts de la même façon abjecte que les nazis ont tués les juifs. Car les camps de concentration ont été créé pour recevoir les palestiniens en, comment dites vous déjà, ah oui, en vacances.
    Mais merci pour la leçon de moral c était sympa.

  7. jademelisses@gmail.com

    Cessez de faire Dieudonné passé pour un antisémite. Cela ne sert plus à rien. Les gens, grâce à internet qui donnent de vraies informations non tronquées, savent que votre tactique de déstabilisation et de vouloir toujours plus, ne servent que des intérêts mercantiles. Oui vous avez soufferts comme beaucoup d’autres. Mais pas la peine d’en rajouter. Arrêtez cette méthode revancharde. Créons un monde de paix. Votre méthode ne sert qu’à diviser.

    • e.cohen417@laposte.net

      Seulement, quand Dieudonné invite Faurisson et passe à la télé islamiste, apparaît aux côtés d’Ahmadinejad, comment ne pas le trouver antisémite ? Quand il fréquente un « judéophobe national-socialiste » (je le cite !) comme Soral, comment croire qu’il n’est pas antisémite ?

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