Lettre de Paul Léautaud à Madame Cayssac 

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Rien que la vue de ton nez me met la queue en l’air.

Paul Léautaud (18 janvier 1872 – 22 février 1956), écrivain et critique littéraire, a laissé à la postérité son Journal en dix-neuf tomes. De tous les épisodes qui y sont narrés, les plus croustillants sont sans doute ceux qui évoquent ses amours tumultueuses avec Anne Cayssac, dite « Le Fléau » ou « le Poison ». De cette relation passionnée et charnelle, nous restent de magnifiques lettres érotiques, témoins des talents inouïs de virtuosité épistolaire de leur auteur.

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Mardi 18 septembre 1928

J’envoie ces notes griffonnées samedi soir chez moi. J’espère qu’on pourra lire.

Te rappelles-tu, aux débuts, quand je te faisais déjà des compliments de ton con, que tu t’amusais à le regarder dans une glace pour voir comment c’était fait : tout rose, me disais-tu.

Te rappelles-tu un jour d’été, tous les trois dans la salle à manger là-bas, toi en train de coudre, il t’a pris soudain une idée – tu t’es levée en me faisant signe, nous sommes partis du côté de la cuisine et dans le couloir tu m’as dit : « Viens me lécher le con », ce qui a été fait aussitôt, toi installée et troussée sur la table de la cuisine.

Je parie que tu ne te rappelles pas où se situe la première fois que tu m’as branlé si merveilleusement, en regardant la figure que je faisais ?

Tu dois te rappeler – c’est plus près – la première fois où tu m’as fait si bien décharger avec la bouche, sans aucun secours des mains. C’était au retour d’une scène fameuse. Elle t’avait mise en train, il faut croire. Tu étais ravie d’avoir si bien [illisible]. Madame…

Te rappelles-tu dans quelles circonstances tu m’as dit : « Je sucerai, mon cher. Je sucerai tant que vous voudrez. J’avalerai si vous voulez. »

Te rappelles-tu une fois que je t’ai baisée là-bas par terre, allongée par terre dans la cuisine, un matin. Tu étais si jolie, tu avais un visage d’une telle expression en te faisant remplir ainsi que je le revois toujours.

Te rappelles-tu quand nous faisions les lettres pour la L… ta façon de me donner du style, en te fichant le cul à l’air sur la chaise longue d’une chambre en me donnant ton con à lécher.

Te rappelles-tu un peu avant ton départ, cette année, ce que tu as dit te sentant en état : « Ca coule, ça jute, viens lécher ça. Mieux vaut que ce soit toi qui l’aies que ma chemise. »

Te rappelles-tu il n’y a pas longtemps, chez toi, un soir, au commencement d’une séance, pour me lécher les couilles, que tu as voulu t’y prendre en me faisant coucher sur le côté et en passant la tête par-derrière, ce qui était encore plus cochon.

J’en passe ! Il a fallu que je te rencontre pour savoir ce qu’est une femme qui aime et sait faire l’amour et sait s’y montrer spirituelle, c’est-à-dire sans retenue bête. Rien ne compte pour moi avant toi. Je crois de mon côté que je n’ai pas été un trop mauvais partenaire. Nous nous sommes complétés l’un l’autre. Le mérite t’en revient. Rien que la vue de ton nez me met la queue en l’air.

P.L.

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( Paul Léautaud, Correspondance générale. 1878-1956, Flammarion ) - (Source image : Paul Léautaud à la Vallée-aux-Loups, auteur inconnu, date inconnue © Wikimedia Commons)
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La recommandation de la rédaction :

Lettre d’Alain Robbe-Grillet à sa femme, Catherine : « Je te propose, en toute simplicité, « le grand amour pour un mois ». »

Lettre d’Antonin Artaud à Pablo Picasso : « Ce qui vous a empêché de me répondre c’est le Démon qui vous tient assujetti à la sexualité. »

Lettre de Violette Leduc à Simone de Beauvoir : « Il faut que je vous élève jusqu’à l’inaccessible. »

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8 commentaires

  1. Staminer

    Et si tout cela sentait son ranci, son vulgaire ? La petit bourgeoisie toujours valetaille de la grande, qui joue s’encanailler peut-être de peur d’être tondue comme des collabos. C’est qu’on est devenu quasi révolutionnaire chez Gastounet, on voussoie. On ne s’adresse plus au maître à la troisième personne du singulier ! Alors on est convaincu que le caca boudin est le up to date de l’érotisme grand-teint. Dôle d’Europe en pleine déconfiture où il n’y a plus que les curés qui savent parler de cul ! Voilà se qu’écrivait l’abbé de Pagny., ci-devant comte de Gourcy qui n’avait pas hésité à jeter sa gourme au lit des nones et sa soutane aux aux orties. Caliste est un nom de femme :

    «Caliste propre et bien frisée
    Forçant l’ordre de son destin
    Pour venir me voir ce matin
    C’était en page déguisée

    La petite assez avisée
    Craignait qu’en robe de satin
    A son teint délicat et fin
    La porte ne lui fut refusée

    A la splendeur de ses appâts
    J’arçais, je ne men cache pas
    Mais elle me parut si mignonne

    Que pour l’écarter du soupçon
    Je la prenois comme une fille
    Qui voudroit passer pour garçon»

    J’arçais c’est bander comme un arc. Voilà comment les gens de l’ancien peuple aiment entendre parler de cul !

  2. Chérif Lamin

    Ceux sont des belles confessions luxurieuses que l’auteur a eut l’audace de nous les délivrer sans masque. Des scènes d’amour charnel que je ne peux appeler que pornographiques.

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