Lettre de Raymond Poincaré à Georges Clemenceau

2

min

Les populations captives ont été rendues à la liberté.

Le 11 novembre 1918, l’armistice est signée entre les Alliés et l’Allemagne, mettant fin à la Grande Guerre. A cette occasion, le président de la République Raymond Poincaré (1860-1934) félicite le président du Conseil – ancienne appellation du premier ministre – Georges Clemenceau (1841-1929) et toute l’armée pour cette victoire française. Le rôle de Clemenceau fut déterminant pour remotiver les troupes et relancer l’élan patriotique qui s’essoufflait. Le traité de Versailles n’est toutefois pas sans menaces pour l’avenir, les compensations démesurées imposées à l’Allemagne portent en elles les germes de la Seconde guerre mondiale…

A-A+

11 novembre 1918

Mon cher Président,

Au moment où s’achève par la capitulation de l’ennemi la longue série de victoires auxquelles votre patriotique énergie a si largement contribué, laissez-moi vous adresser à vous même et vous prier aussi de transmettre au Maréchal FOCH, Commandant en Chef les Armées Alliées, au Général PETAIN, Commandant en Chef de l’Armée française, à tous les Généraux, Officiers, Sous-Officiers et Soldats, l’expression de ma reconnaissance et de mon admiration.

Depuis le 15 juillet, la France a suivi avec une émotion haletante les éclatants succès quotidiens qu’ont remportés les troupes alliées et qui ont précipité la retraite de l’armée allemande. Les populations captives ont été rendues à la liberté. L’ennemi déconcerté a laissé derrière lui une quantité énorme d’hommes et de matériel, et le bilan des prises dépasse les chiffres les plus élevés qu’ait jamais connus l’histoire.

Ce matin, vient d’être signé un armistice qui délivre l’Alsace-Lorraine et qui permet aux Armées alliées d’occuper, en garantie des droits à exercer, une vaste zone de territoire allemand.

En ces heures de joie et de fierté nationale, ma pensée se reporte successivement vers les héros qui, dans l’enthousiasme du départ, sont tombés sur les champs de bataille de Namur et de Charleroi, vers ceux qui, sur les rives de la Marne, ont victorieusement arrêté et refoulé l’invasion, vers ceux qui, dans les lentes et dures journées de la guerre de tranchées, ont montré une si confiante opiniâtreté, vers les intrépides défenseurs de Verdun, vers les soldats de l’Yser, de la Somme, de l’Aisne, de la Champagne, des Vosges, vers ceux qui ont donné leur vie à la patrie, vers ceux que leurs blessures ont rendus invalides, vers tous ceux qui, aujourd’hui encore sous les armes, sont maintenant récompensés de leur infatigables efforts et de leur bravoure indomptée.

Ils ont tous été les ouvriers des victoires finales ; ils ont tous apporté leur pierre aux magnifiques arcs de triomphe sous lesquels passeront bientôt les vainqueurs. Rien ne s’est perdu de ce qu’a accompli leur courage, rien n’a été stérile du dévouement qu’ils ont mis au service du pays. La gloire de la France est faite de leur ardeur prolongée, de leur abnégation, de leurs souffrances et de leur sang.

J’envoie aux morts un souvenir respectueux et attendri. Je vous prie de vouloir bien communiquer aux vivants les félicitations qu’au nom de la France, je leur adresse du fond du cœur.

Croyez, mon cher Président, à mes sentiments dévoués.

R. POINCARE.

Pour recevoir plus de lettres, cliquez ici.

La recommandation de la rédaction :

les articles similaires :

3 commentaires

  1. HERRERA EVELYNE

    Tous ces pauvres jeunes hommes, morts pour la Patrie…Tout cela me fait horreur ! j’estime que l’on n’avait pas le droit de les envoyer se faire tuer ; dans quel but ? puisqu’il y a eu 39/45, et d’autres
    jeunes hommes sacrifiés…

  2. Eric

    Intéressant. La prochaine étape serait une mise en valeur de l’action de l’impératrice Eugénie qui, remettant à Georges Clemenceau la lettre qu’elle tenait du roi de Prusse Guillaume 1er, rendit possible la récupération par la France de l’Alsace-Lorraine.

    • Basque du 72

      Bravo, Monsieur, pour votre demande de réhabilitation de l’action de l’Impératrice Eugénie qui est très justement fondée.

      Alors qu’en 1917, sous l’influence des États-Unis, les Alliés faisaient savoir à la France qu’il n’était pas question de lui restituer de façon inconditionnelle l’Alsace-Lorraine qu’ils considéraient comme un territoire allemand,SAI Eugénie écrivit à Clemenceau (qu’elle détestait pourtant pour son anticléricalisme) afin de lui apprendre l’existence de la lettre qu’elle avait reçue en 1870 de l’Empereur Guillaume Ier dans laquelle ce dernier prétextait ne vouloir annexer l’Alsace et la Lorraine que pour des raisons « purement défensives », excluant, de fait, toute revendication territoriale de l’Allemagne sur ces territoires.

      Le Président du Conseil put ainsi la lire au cours d’une réunion interalliée.

      Les termes: « C’est cette considération seule, et non le désir d’agrandir une patrie dont le territoire est assez grand, qui me force à insister sur des cessions de territoires, qui n’ont d’autre but que de reculer le point de départ des armées françaises qui, à l’avenir, viendront nous attaquer » prouvaient à l’évidence que le roi de Prusse ne réclamait pas l’Alsace en tant que territoire allemand, mais comme un glacis pour protéger l’Allemagne.
      Le retour de l’Alsace-Lorraine fut alors inscrit parmi les buts de guerre.

      C’est donc bien grâce, en grande partie, à l’action de cette très Grande Dame, bien injustement oubliée ou décriée de nos jours, que le territoire de la République doit son intégrité; grâce lui soit rendue…

Laisser un commentaire

Vous devez être pour laisser un commentaire.