Lettre de Jacques Mesrine à Pierre Desproges

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Passons aux choses sérieuses.

Jacques Mesrine (28 décembre 1936 – 2 novembre 1979), connu pour ses multiples braquages, fut arrêté — cigare aux lèvres et champagne à portée de main ! — par le Commissaire Broussard le 28 septembre 1973. Alors qu’il est incarcéré à la prison de la Santé, il adresse cette lettre-règlement de compte à l’humoriste Pierre Desproges, alors journaliste à L’Aurore. Il lui reproche d’avoir dressé de lui le portrait peu réaliste d’un « fanfaron suicidaire ».

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Lundi 1er octobre 1973

Monsieur Desproges,

Je ne suis pas journaliste et n’ai pas la plume créatrice et inventive comme la vôtre, mais par contre j’aime la vérité et n’aime pas qu’un informateur du public déforme la vérité avec une légèreté qui me fait douter de son intelligence.

Revenons-en à votre article du lundi 1er octobre 1973 Monsieur Desproges : expliquez-moi ce qu’est un « fanfaron suicidaire ». Car fanfaron vous l’êtes à mon égard ! mais nous y reviendrons.

Passons aux choses sérieuses.

1) Vous me faites passer pour un super meurtrier et à vous entendre, j’aurai presque un cimetière privé ! Il va vous falloir apporter la preuve de vos écrits dans la procédure en diffamation que je vais peut-être vous faire, ainsi qu’à votre journal. Maintenant je vais vous renseigner et corriger les erreurs de votre article.

Après mon évasion de St Vincent de Paul au Québec je n’ai jamais été me terrer dans des cabanes de bûcherons. J’aime Line Renaud ! mais ma cabane au Canada c’est périmé « mon petit ». Parlons de « ces vieux gardes forestiers inoffensifs » dont vous m’attribuez le meurtre sans jugement avec une légèreté qui dénote une formation civique assez contraire au code criminel qui suppose tout accusé innocent jusqu’à [son] jugement.

Je tiens à vous précisez que deux personnes ont été reconnu [sic] coupable [sic] de ce double meurtre : M. Jean-Paul Mercier et Melle Suzie Francoeur. Ces deux personnes ne m’ont jamais mis en cause et je pensais qu’en France la Justice était rendu [sic] par les jurés après avoir étudié tous les éléments pendant le procès. Je ne savais pas que monsieur Pierre Desproges était juge et juré ! et peut-être bourreau si l’occasion lui était donnée ?

Pour votre gouverne, étant au Canada lors de ce double meurtre et ayant lu la presse comme tout le monde.

« Ces inoffensifs vieillards » comme vous les appelez sont des gardes forestiers fédéraux ! rien à voir avec nos petits gardes-chasse français. Ce sont des hommes armés de calibre 38 spécial et de carabine 308 et qui à l’occasion aiment bien reprendre un évadé pour toucher la prime. Et il a été prouvé que c’est en voulant arrêter un évadé qu’ils se sont fait tuer. Alors « mon petit » il ne faut pas confondre calibre 38 avec béquille et carabine 308 avec dentier pour vieillard.

Vous m’accusez de deux hold-up m’ayant rapporté 60 millions d’AF !! Vous êtes le seul, car le juge Madre ne m’a délivré aucune accusation à ce sujet. Où allez-vous chercher vos informations ? Dans les poubelles de boîtes de nuit pour minet ou dans les chambres bordelles [sic] de vieilles mères maquerelles à la retraite ?

Maintenant parlons de mon orgueil. Je le suis, et seul un journaliste insouciant ou suicidaire pour employer vos expressions peut prendre le risque de toucher cette corde sensible !

Vous dites que je me suis fait prendre comme un novice. Quand on se fait prendre c’est toujours comme un novice. Mais ce n’est peut-être pas l’avis du Commissaire Toresse et de l’inspecteur Roger Dormier qui m’ont arrêté en mars 1973. Si un jour neuf hommes armés vous tombent dessus pendant que vous avez les mains chargés [sic] ! j’aimerai [sic] savoir comment remporter le combat.

Parlons de Deauville. Je n’ai jamais mis les pieds au Casino pour la bonne raison que j’y était [sic] connu avant mon évasion et je veux bien partager avec vous les gains imaginaires que vous m’attribuez ! Par contre pendant deux mois à Trouville j’avais le plaisir de boire et de manger avec la police du coin qui, me prenant pour un inoffensif touriste, avait sympathisé avec moi.

Pour ce qui est de mon arrestation par le Commissaire Leclerc et le Commissaire Broussard il serait bon que vous vous informiez. Nous avons eu une conversation d’Homme et d’un côté comme de l’autre nous avons le respect mutuel. Je n’ai pas cherché le bon mot, j’ai cherché la solution la meilleure. Et quand j’ai ouvert ma porte le Commissaire Broussard était sans arme et sans gilet pare-balles tout simplement parce que je lui avais donné ma parole d’homme de ne pas l’allumer. Ces choses-là « cher monsieur » c’est des actes d’hommes. Il n’y a pas de fanfaronnerie, un perdant et un gagnant et deux hommes plus proche [sic] l’un de l’autre à cet instant que vous ne pouvez l’imaginer. Quant au champagne nous l’avons bu une minute après mon arrestation « je l’avais préparé sur la table » car je sais perdre cher monsieur Desproges.

Je n’ai aucune rancune contre vous, si j’en avais eu le problème aurait été vite réglé mais avant d’écrire, informez-vous.

Maintenant monsieur Desproges vous pouvez m’écrire à la Santé.

Veuillez agréer mes fanfaronnes salutations !

Mesrine


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Lettre de Jacques Mesrine à Pierre Desproges : « Passons aux choses sérieuses. » Lettre de Jacques Mesrine à Pierre Desproges : « Passons aux choses sérieuses. » Lettre de Jacques Mesrine à Pierre Desproges : « Passons aux choses sérieuses. » Lettre de Jacques Mesrine à Pierre Desproges : « Passons aux choses sérieuses. » Lettre de Jacques Mesrine à Pierre Desproges : « Passons aux choses sérieuses. »
( http://www.desproges.fr/obsession/desproges-et-mesrine ) - (Source image : © Wikimedia Commons )
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